UN ESCARGOT BLEU

Parce qu’il faut bien habiller la vie de couleurs joyeuses, à l’image de ces maisons du Connemara en Irlande, et chasser la grisaille quotidienne des jours sans consistance et sans faim, pour retrouver le bleu de la vie, voici ce petit haïku que j’avais écrit pour une petite fille, Eleana, voilà plusieurs années. Elle s’amusait alors avec un escargot. Cela m’a inspiré ces quelques lignes.

Un escargot bleu
sur ma main, tes yeux étonnés,
ciel en reflet.

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯

CONTE SUR UN PROVERBE TOUAREG

Nous ne sommes rien

Que les fils de nos pères…

Proverbe du pays touareg

Voici un petit conte des temps modernes où la sophistication croissante de nos sociétés dispute aux traditions millénaires l’âme de l’humanité…

Nous sommes en pays touareg. Une caravane doit bientôt s’élancer dans les dunes du désert pour sacrifier à ce rite tant de fois accompli, rejoindre la grande oasis voisine pour commercer. Faire du troc, vendre, acheter des marchandises bien sûr… Mais, par dessus-tout, se métisser aux autres dans la découverte sans cesse renouvelée de cultures différentes, d’objets inédits porteur d’une approche inconnue sur la vie. Les objets ne sont-ils pas le prolongement de nous-mêmes ?…De ce que nous portons en nous ?

Tout ce monde est fébrile à cette idée de départ. C’est l’excitation face à l’aventure. Il y a a toujours une part d’inconnu à s’élancer dans le désert pour rejoindre cette grande oasis pourtant bien connue, mais où l’avenir n’est nullement écrit. C’est l’alchimie de la vie, le mystère des rencontres. Tant de destins se sont noués sur ces routes.

Mais, peu avant le départ, des cris fusent parmi les caravaniers. Certains sont arrivés avec leurs engins des temps modernes dont les moteurs rugissent à chaque accélération, défonçant toujours plus les pistes empruntées par les dromadaires lourdement chargés. La plupart des marchands refusent la cohabitation de l’animal et de la machine qui rompt l’harmonie de cette nature restée sauvage.

Afin de régler cette querelle des anciens et des modernes, le fils du chef caravanier propose d’aller interroger un vieil ermite un peu fou, qui s’est réfugié dans une grotte à une journée de marche.

Cris, vociférations de certains…

Que de temps perdu pour le commerce !

Balivernes que ces dromadaires !

Il faut être moderne… De son temps…

Nous arriverons plus vite à destination qu’avec toutes ces bêtes dont il faudra en plus s’occuper pendant tout notre voyage ! Que de fatigue en perspective !

Mais le chef caravanier se range au conseil avisé de son fils bien-aimé. Le lendemain, très tôt dans la nuit, ce dernier partira avec plusieurs de ses cousins pour interroger l’ermite. Avec une offrande pour le remercier. Ainsi en est-il décidé.

Très tôt dans la nuit, c’est le départ du petit groupe pour rejoindre l’ermite. A dromadaire, puis à pied. Pour arriver face à la montagne où il s’est réfugié depuis de nombreuses années. Le ciel est noir avec une multitude d’étoiles qui brillent comme au premier matin du monde… Ce sont les petits lampions de la vie qui accompagnent l’humanité depuis les origines… Mais c’est aussi le temps des interrogations, celui de deux heures après minuit, trois heures avant l’aube, le temps du doute quand l’obscurité est encore là avec son cortège de fantômes et sa vacuité. Croire dans le jour qui ne saurait tarder, mais qui se fait attendre et désirer. C’est peut-être la raison pour laquelle les hommes ont inventé tous ces dieux qui peuplent leurs songes depuis des temps immémoriaux, afin de se prémunir du vide sidéral qui ne répond pas à leurs attentes et à leur espérance.

Quand le soleil lentement, avec timidité entreprend sa renaissance, c’est aussi le coeur des hommes qui reprend les couleurs de la vie.

Un peu avant la fin de l’après-midi, fatigués, fourbus, mais plein d’espoir, les voici devant l’ermite absorbé et en pleine contemplation. Le fils du chef de la caravane dépose à ses pieds une offrande.

L’ermite les écoute longuement et, après un instant de silence, leur murmure : « Nous ne sommes rien que les fils de nos pères et… ». Le groupe est tellement extasié à l’énoncé de sa réponse qu’il se retire vivement, n’entendant pas le reste de la phrase.

Au retour, ils se retrouvent auprès du chef de la caravane pour lui apporter cette réponse tant attendue. Mais sa fille, sa fille chérie aux yeux étincelants, à la peau mate et délicate avec ce grain serré si particulier, à la chevelure épaisse et ondulée, aux épaules déliées, sa fille, l’amour de sa vie depuis le jour de sa naissance à l’ombre des palmiers, lui murmure doucement : « …et de nos mères ».

Et la caravane partira le lendemain simplement composée de dromadaires, répondant en cela aux traditions ancestrales.

Car à trop vouloir gagner du temps, à trop sacrifier à la cupidité du gain, toujours plus pour avoir encore plus, sans trop savoir dans le fond pourquoi, l’homme moderne finit par perdre son âme, et se coupe à la fois de la nature et des autres.

Mais il faut rendre à César ce qui lui appartient.

Le proverbe du pays touareg que j’ai cité est bien le bon proverbe.

« Nous ne sommes rien

Que les fils de nos pères… »

On voit qui sont nos pères. Mais rien de ce qu’a murmuré la fille du chef caravanier ne nous est parvenu, le vent du désert ayant emporté au loin ses paroles qui se sont égarées dans le sable des dunes. Et les hommes ont oublié cette vérité première…

Pourtant, une étoile du désert m’a soufflé au coin de l’oreille, comme la fille chérie du caravanier l’a fait auprès de son père : « …et de nos mères ».

Je complète donc ce beau proverbe touareg :

« Nous ne sommes rien

Que les fils de nos pères

Et de nos mères… »

Ce pourrait être un beau sujet de philosophie pour réconcilier les deux moitiés de l’humanité, les hommes et les femmes…

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯

LE VIEUX CHÊNE ET L’ETANG

Petit matin froid où la nature est encore engourdie par un hiver si long qu’elle peine à sortir de son endormissement. Tout est calme et silencieux. Le ciel est habité par d’épais nuages noirs, ils rendraient presque obscure cette campagne que tu as connue plus joyeuse.

Tristesse des heures avec cette neige qui tourbillonne et ensevelit la nature.

Le vieux chêne semble propulser à l’assaut de je ne sais quel dieu ses longues branches décharnées et dépouillées de toute feuille en une offrande ultime, comme si la vie s’était retirée de son grand corps enserré par un lierre persistant.
Et pourtant, de petites mésanges bleues, des rouges-gorges, des pinsons virevoltent autour de son imposant tronc et piquent son écorce, à la recherche d’une quelconque nourriture ou, allez savoir, en un rituel primitif comme pour le conjurer de ne pas abandonner. Ce sont les oiseaux de nos contrées qui n’ont pas déserté le cœur des hommes.

C’est un long frémissement, une respiration sourde qui, peu à peu, monte de la terre pour secouer cette torpeur mortelle qui s’était emparée d’elle pendant ces longs mois d’hiver.

Le vieux chêne s’arque-boute sur ses racines imposantes pour aller chercher au plus profond de lui-même cette force brute qui l’habite, afin de renaître à la vie, quand chacun croyait son combat terminé…

Tressaillements d’eau…
Ton regard survole la surface de l’étang.

Fin de journée orageuse, chaleur lourde, suffocante en l’absence de tout vent.
Ce microcosme un peu sauvage, ce bout du monde semble tranquille, presque immobile.

Mais l’étang est animé d’une vie souterraine simplement perceptible à quelques mouvements ténus à sa surface.
Bruits d’eau mouillée dus à la remontée de minuscules poissons, de têtards en vadrouille ; plumes délicatement serties des oiseaux migrateurs à la surface de l’eau, en partance pour un long voyage, à la merci des flux aquatiques, prêtes à se déployer.
Galets que tu fais rebondir plusieurs fois – réminiscences de l’enfance – avant de les voir happés par ces profondeurs invisibles, sombres, saumâtres…

Croassements de grenouilles dans un chant d’amour envoûtant…

La peau aqueuse de l’étang est parsemée de tressaillements, de ronds qui naissent, se métissent ou, quelquefois, se télescopent, dans un chevauchement de vies à l’infini, à l’image des rencontres de l’existence.

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯

UN PONT SUR L’HORIZON

Il y a quelques jours nos vies ont changé, et cela a commencé comme un mauvais rêve.

Dans la nuit profonde et obscure, alors que j’étais profondément endormi, un orage brutal a éclaté et sa violence m’a réveillé, sans que je sache au début si je rêvais ou non. C’était une tempête violente et soudaine, avec des vents qui emportaient tout ce qui pouvait se trouver dans les rues. Et ce fracas de la foudre qui tombait un peu partout, comme des blessures que la nature nous infligeait. Le vent était devenu grondement, il battait bruyamment les pavés comme le cheval de l’Apocalypse, avec pour cavalier un monstre sorti de forêts improbables, une faux à la main.

Les éléments naturels semblaient prendre le pas sur tout ce que notre société tenait définitivement pour acquis

Le spectre du Covid-19 vient de rentrer dans nos vies pour nous enfermer, rendant à la nature cette liberté que nous lui avions confisquée depuis si longtemps.

En sortant de mon domicile ce matin, je suis brusquement saisi par une impression étrange, personne dans les rues, si ce n’est quelques rares passants barricadés sous un masque qui cache leur visage et se pressent sans s’attarder. Et ce silence total, pesant, avec l’absence de ces petits bruits qui accompagnent habituellement nos journées.

C’est la distanciation sociale, la nouvelle norme à laquelle il va falloir durablement s’habituer.

J’ai l’impression d’être en transit vers une autre planète. C’est une dimension inattendue, l’entrée dans un monde nouveau que je ne m’explique pas. Et pour ne pas sombrer, je puise au fond de ma mémoire cet émerveillement qui avait été le mien en accostant au printemps 2015 sur la presqu’île du Sakurajima, au Japon, où se trouve l’un des volcans parmi les plus dangereux au monde.

C’était un rêve de toujours, me rendre au pays du Soleil Levant, cet archipel entouré par les plus profondes fosses océaniques du monde, où la vie prend d’autant plus sa richesse et sa force qu’elle se sait menacée par la violence des forces telluriques qui l’habitent.

Afin de rejoindre le volcan Sakurajima au départ de Kagoshima, j’embarque sur un bateau de croisière pour une courte traversée. Peu de monde, un ciel bas, nuageux, et des flots agités. Au loin, une masse montagneuse énorme, le volcan qui crache par intermittence des volutes de fumée sombre.

J’ai un masque sur le visage, il faut protéger ses poumons de tout ce que rejette ce monstre de la nature qui, en janvier 1914 est entré en éruption. Pendant de longs mois, des coulées de lave très importantes vont agrandir l’île et la relier à celle de Kyushu en comblant partiellement le détroit qui les sépare. Tout récemment en 2013, le volcan va de nouveau manifester sa puissance par des éruptions importantes. Il représente un réel danger pour les habitants qui habitent l’île, et aussi pour ceux de la ville de Kagoshima qui se trouve face à lui, sur l’île de Kyushu.

Les japonais ont appris à composer avec leur environnement parfois si dangereux, mais qui se révèle aussi très généreux grâce à ses richesses naturelles. Autour du volcan, les terres sont fertiles. Comme je l’apprendrai un peu plus tard, on y cultive de gros radis blancs appelés daikons, et aussi des komikans, minuscules mandarines très appréciées pour leur saveur.

Arrivée sur la presqu’île du Sakurajima, 13 avril 2015

C’est un formidable spectacle qui s’offre à moi, et je dois me cramponner au bastingage tant le vent nous secoue par intermittence, comme il le ferait pour un frêle esquif. Le danger est là, bien présent, par la force de ce volcan et le danger toujours présent de l’Océan Pacifique aux tsunamis meurtriers.

Une fois arrivé au port, un autobus me conduira sur un belvédère désert où la vue sur le volcan est magnifique, grandiose et austère.

Plus près du Sakurajima, seul face à la solitude dans une nature somptueuse
Du volcan à la mer

Les pentes sont ravinées, on y devine les coulées de lave que les japonais ont cherché à maîtriser grâce à des digues et à des canaux de collecte, afin de permettre aux gens de vivre ici, d’y travailler. D’ailleurs, je reviendrai sur mes pas sur une distance de plusieurs centaines de mètres afin de me rendre compte de l’importance de ces travaux de construction. C’est vraiment très impressionnant. Les maisons abritées par le relief du terrain ou des travaux de terrassement paraissent confortables et agréables à vivre.

Les hommes semblent cohabiter harmonieusement avec cette nature un peu sauvage, dangereuse. Ils s’y accommodent. On trouve des abris en béton pour se protéger des éruptions volcaniques et des chutes de pierre. C’est aussi une campagne où les productions agricoles permettent de vivre.

C’est vrai que le ciel ne doit pas être toujours bleu quand la montagne crache ses blocs de matière volcanique, que la vie n’est pas forcément facile avec les tremblements de terre nombreux et fréquents dans la région. Partout sur le sol, de la cendre dont il faut se protéger.

La réception de l’hôtel m’a donné ce matin quelques masques qui me seront utiles pendant tout mon séjour, que ce soit pour mon escapade près du volcan, ou dans la ville de Kagoshima. J’apprends l’humilité, le respect de ce qui nous dépasse et peut nous dominer, mais qui permet aussi de vivre sur ces terres labourées par les crises telluriques.

Magie d’un temps arrêté…

Une voiture s’arrêtera lorsque je prendrai des photos d’un champ de komikans, et son conducteur s’inquiètera pour savoir comment je compte rentrer au port. Je lui expliquerai que le chauffeur du bus m’a donné son heure de passage.

C’est un des charmes de mon voyage. Seul, mais pas isolé, à tenter de comprendre comment l’homme peut et doit partager l’espace avec les autres, et surtout avec le monde du vivant.

Le Sakurajima, ce volcan si dangereux, monstrueux à bien des égards, est aussi source de vie pour les japonais qui habitent près de ses flancs et dans la grande ville de Kagoshima aux rues toujours parsemées de cendre volcanique.

Et si le Covid-19 avait lui aussi à nous enseigner quelque chose d’important, afin de nous permettre de vivre enfin en harmonie avec cette biodiversité dont nous sommes issus et auquel nous appartenons, en dépit de notre propension à nous croire au-dessus de tout.

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯

L’ALGERIE, PAYS A LA BEAUTE RESPLENDISSANTE…

Selma, Casbah d’Alger – 6 avril 2019

C’était un moment inattendu que cette séance photo improvisée dans la Casbah, un moment de grâce. Dans ce qui se révélait à mes yeux, j’ai découvert la force et le courage de la jeunesse, et donc de la femme algérienne, prête à relever le défi de son destin, dans un pays qui se veut libre et ouvert.

Merci Selma de m’avoir permis de capturer par ce cliché la beauté de l’Algérie et que vous incarnez très bien.

Tipasa 5 avril 2019

Selma, dérivé de « sèlem » dont la signification en arabe est « paix », et aussi dérivé d’ « Anselm » qui prend le sens de protection divine dans la tradition germanique. Par un matin de printemps, ce prénom était l’incarnation même de la beauté et du mystère de la Casbah. Pour moi qui suis né dans la haute Casbah d’Alger, c’était quelque chose comme un retour aux sources de la vie ; tout comme ma visite à Tipasa dont l’âme a été si bien comprise par Albert Camus. Je m’y suis baigné avec un grand bonheur.

Première fois depuis l’exil que je retrouvais en Algérie la mer Méditerranée.

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯

RETOUR EN ALGERIE

Alger, 31 mars 2019

Retour en Algérie, sur la terre de mes ancêtres où j’ai vu le jour voilà déjà si longtemps…

J’ai choisi de faire cette traversée par bateau, sur la compagnie Algérie Ferries en compagnie d’un de mes fils, Antoine, et d’Edouard, un ami né également en Algérie. Le voyage est prévu du dimanche 31 mars au vendredi 12 avril. A bord, nous retrouvons de façon fortuite un ami, Abdel, qui se rend aussi en Algérie.

En 1962, c’était l’exil par bateau ou par avion au départ d’Alger ou d’Oran. Un sauve qui peut. La fuite sans retour. Un billet simple.

Nous partons de Marseille vers midi, sous un ciel bleu et froid. C’est l’excitation depuis que nous sommes arrivés la veille, le temps aussi des interrogations sur le pourquoi de ce voyage. Retrouver notre terre et aussi la découvrir, tant l’éloignement peut être source d’incompréhension.

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Vers minuit, le navire est passé entre les îles Baléares de Majorque et Minorque, sans que je puisse observer, caché par la côte, le port de Port Mahon d’où certains de mes ancêtres sont partis bien avant les années 1858. Sans le vouloir, je prends la route de leur exil, comme pour remonter le temps afin de mieux comprendre ce qu’a pu être leur vie.

Mais je veux aussi tout savoir de cette Algérie qui s’éveille à un vent de liberté depuis quelques semaines. Retrouver le fil de ma vie, mais aussi et peut-être surtout plonger dans la vie du pays, marcher dans ses rues, goûter sa cuisine, admirer son architecture. Et puis aussi, regarder du sud cette mer Méditerranée qui au fil des années était devenue frontière au point que beaucoup se sont interdit de revenir là où ils sont nés.

Le commandant nous a permis pendant la traversée d’entrer dans le poste de pilotage. Magnifique paysage où je peux observer la puissance du navire, la beauté de la mer. J’imagine aussi ce qu’a pu représenter ce voyage pour mes ancêtres, partagés entre la douleur de leur exil et l’espérance d’une vie nouvelle. Car tout au long du dix-neuvième siècle, de nombreux habitants de l’île de Minorque, appelés aussi Minorquins ou Mahonnais ont été chassés de leur pays par la misère. Pour eux, l’Algérie était l’opportunité de changer de vie.

Au petit matin, Alger s’offre à nous dans toute sa beauté resplendissante, avec un vent frais et des nuages qui obscurcissent ce paysage saisissant de beauté. J’aime profondément ma ville natale.

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Gilbert Sanslaville 桑吉伯

ABIDJAN

Voyager.

Sortir d’une vie quotidienne bien rangée, avec ces pavés à l’ancienne qui balisent un chemin bien connu.

Oser partir sur des chemins de traverse, peut-être même, qui sait, non cartographiés.

A notre époque si connectée, nous adorons tous savoir où l’on va. Et nous avons le plus souvent perdu le sens de l’inconnu, du risque. De la joie de découvrir ce que l’on ne connaît pas. Pas encore…

Vivre, c’est oser. Oser là où les autres ne vont pas, où l’on n’a jamais soi-même été, ou si peu. Sortir de son univers feutré, où tout est connu, répertorié.

Arpenter le monde.

Si tu aimes tant voyager, découvrir, t’intéresser aux autres, c’est aussi en raison de l’exil qui t’a frappé quand il a fallu abandonner ton pays natal. Enfant, tu as très tôt, bien trop tôt appris ce qu’était la perte. Le départ. L’exil.

Le voyage, c’est aussi ce qui permet de retourner aux sources intimes de son histoire.

Destination Abidjan, sur un avion d’Air Portugal. Suprême luxe pour moi, boire un verre de vin blanc pendant le voyage ; c’était un vin Porca de Murça.

Et te voici donc en Côte d’Ivoire, dans cette Afrique dont tu rêvais déjà enfant, et que tu découvrais au hasard de tes lectures. Tu as adoré les romans de Jules Verne qui te faisait parcourir la Terre entière, et en particulier « Un Capitaine de quinze ans ». Quel roman !

Tu as posé le pied sur cette terre ivoirienne début janvier de cette année 2020, à un moment où il était difficile d’imaginer qu’une pandémie puisse casser les habitudes de vie de l’ensemble de la planète. Te voici curieux de tout ce qui se rapporte à la culture de ce pays, à son histoire, et avant tout à ses habitants.

Tes premières impressions… Un dépaysement total, un rythme de vie toujours très soutenu à Abidjan, les couleurs, les senteurs, cette végétation luxuriante qui est partout ; les jardiniers le long de certains boulevards, la gentillesse des habitants et l’art de se débrouiller pour faire vivre la famille. Et aussi une grande générosité, une résilience très forte pour survivre.

Jardiniers le long du boulevard François Mitterand, des îlots de fraîcheur

Tu découvres la chaleur parfois suffocante quand souffle l’harmattan, ce vent que l’on rencontre en Afrique de l’Ouest, très chaud dans la journée, plus froid la nuit, très sec. Il provient du Sahara, chargé de sable. La luminosité du ciel devient alors très forte, avec un ciel parfois blanc. Tu as parfois l’impression que le jour se lève ici très rapidement, ce passage de la nuit à la lumière est alors étonnant.

Cette nuit, il est tombé une forte pluie, dense, presque violente. Très différente des pluies qui tombent en Europe. Le ciel était littéralement habité par des éclairs qui déchiraient le ciel. La foudre n’est pas tombée très loin. La maison où tu habites est tout près de la Sodefor – Société de Développement des Forêts – à Abidjan. Sa toiture est constituée de plaques qui semblent être en zinc. Cela crépitait de façon étourdissante.

On se sent alors vraiment très petit devant les forces de la nature. C’était vraiment impressionnant. Surtout lorsque l’on se trouve seul en terre étrangère, loin de ses repères.

Ce matin, la terre était plutôt sèche malgré la quantité très importante d’eau qui est tombée pendant plusieurs heures.

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯

ORAN, UNE CERTAINE IDEE DU BONHEUR…

Le voyage, c’est aussi remonter le cours du temps en désertant un rivage familier où l’on s’était établi au fil des années, pour retrouver des souvenirs enfouis, enkystés, une mémoire qui parfois se délite, comme une côte rocheuse sous les coups de boutoir d’un océan déchaîné…

Voyager au pays de la mémoire, se réapproprier une identité perdue, une histoire familiale oubliée ou rejetée, un territoire devenu étranger, pour faire corps avec tous ceux qui nous ont précédés et sans qui nous ne serions pas là. C’est aussi convoquer tous ces êtres emportés dans la spirale du temps enfui, perdu, retrouver la chaîne des générations ; ces sédiments de vie qui font partie de nous, parfois à notre insu, et dont nous avons le plus souvent perdu la trace.

Je voudrais ici évoquer cette vie à Oran, que je situe dans ma mémoire d’enfant entre les années 1956 et 1961.

C’était un immeuble dont l’adresse était symbolique de la colonisation en Algérie- Maison ou villa Ros, je ne sais plus – boulevard du corps expéditionnaire, à Oran. Mais comment pouvait-on avoir l’outrecuidance de rappeler aux Algériens cette expédition d’Alger, dont le nom même était synonyme de colonisation…

Oran, Villa Ros, avril 2019 – Nous habitions dans l’immeuble de couleur ocre, au 2ème étage, à gauche

Un immeuble sans grâce, de quelques étages, avec sur le toit une terrasse où le linge était étendu sur des fils pour sécher grâce au vent puissant qui soufflait. Tu aimais y accompagner ta mère pour l’aider et aussi pour poser tes yeux émerveillés sur ce ciel si bleu d’Afrique. Quand tu as retrouvé cet immeuble lors de ton voyage en Algérie, tu n’as pas pu accéder à la terrasse car une grille en fer forgé interdisait toute entrée.

Cet immeuble, c’était d’abord quelque chose qui s’apparentait à une grande famille avec les voisins aux origines multiples, français bien sûr mais aussi espagnols et indochinois.

Français mais métissés par leurs ancêtres mahonnais ou andalous. Votre voisin de palier avait fait la guerre d’Espagne et s’était exilé en Algérie, y trouvant une douceur de vivre qui n’allait pas durer. Tu te souviens très bien de lui, il se prénommait Juan. Homme jovial qui vivait chez sa fille, son gendre et ses petits enfants.

Toi, tu n’arrivais pas à avaler les cachets, et c’est lui qui, avec patience, t’a appris à maîtriser tes angoisses d’enfant devant cette guerre qui se faisait de plus en plus prégnante. Il t’avait surnommé avec affection « temblor de tierra » ; c’est tout dire que tu ne tenais pas en place. A l’image de ces « événements » comme on les appelait, et qui étaient en fait une véritable guerre. Un peu comme ces secrets de famille qui rôdent et déversent sans compter leur poison en travestissant les choses, parce qu’on ne dit pas leur nom.

Juan, Monsieur Torroja plus précisément, avait aussi une chatte au pelage foncé. Un jour, elle s’est éteinte tout doucement de vieillesse et tu l’avais accompagné pour l’enterrer dans le sable d’une plage, peut-être à Canastel où les pieds-noirs aiment aller se baigner et manger sous les pins. C’étaient de véritables réjouissances avec la famille et les amis.

Cet homme t’a tellement marqué que tu lui as rendu en visite dans sa maison de retraite à Barcelone en 1992 ou 1993. Il était centenaire et n’a pas pu se souvenir de toi. C’était un moment pas très facile que cette difficulté à communiquer entre vous.

Et puis, il y avait ton copain d’enfance, Thierry, dont le père français avait fait la guerre du Vietnam ; il s’était marié avec une indochinoise. La famille venait de des anciennes colonies françaises d’Indochine.

Tout ce petit monde s’était retrouvé au hasard des pérégrinations de la vie dans cet immeuble dont l’adresse rappelait que nous étions dans un pays de conquête, construit dans le bruit et la fureur, la guerre coloniale avec toutes ses injustices et que tu ne découvrirais que bien plus tard. Mais c’était aussi un lieu ouvert sur la vie et les autres au-delà de leurs différences. Ta mère employait une dame algérienne qui s’occupait de la maison et dont tu gardes en mémoire, soixante années après ton départ d’Oran, son prénom, Jera – mais tu n’es pas certain de l’orthographe. En tout cas tu te souviens très bien que le « J » de son prénom se prononçait comme la jota en espagnole, dans un raclement guttural de la voix.

Il y avait aussi Anne-Marie qui habitait au rez-de-chaussée et qui s’occupait de toi et de ton frère. Chacun laissait sa porte ouverte. Cet immeuble était comme un petit village, un écrin où la vie était peut-être plus douce, parce que le sentiment de convivialité y était partagé. Et sincère.

Une fois, en pleine nuit, par suite d’un tremblement de terre, chacun s’était retrouvé au bas de la cage d’escalier, avec une belle frayeur. C’était sans doute celui du 12 décembre 1959 dont tu as retrouvé la trace.

Et tu allais souvent chez ton voisin espagnol Torroja lire les bandes dessinées de ses petits enfants, des Tintin et Milou. Premiers voyages et découvertes de ces espaces lointains du bout du monde…En particulier l’Afrique Noire et la descente de ses grands fleuves, le Zambèze, le Congo. Tu t’embarquais avec passion sur ces rafiots qui affrontaient des courants sur lesquels l’homme restait le plus souvent comme un jouet balloté.

Tout près se situait un jardin où tu allais t’amuser avec ta mère et ton petit frère pour essayer d’attraper les papillons et jouer à la balle. Tu as encore des photos de toi quelque part dans des cartons oubliés et fanés par le temps, avec une casquette posée sur la tête pour te protéger des rayons ardents du soleil, caché parmi les papyrus, avec la joie dans les yeux de vivre sur cette terre à laquelle tu t’étais complètement identifié.

A Oran, jardin tout proche de chez nous

C’est de cette époque que date ton attrait pour l’Afrique noire, ce monde mystérieux et inconnu que tu découvrirais bientôt à travers l’œuvre de Jules Verne, avec notamment son roman « Un capitaine de quinze ans ». Combien de fois ne t’es-tu pas embarqué dans des rêves éveillés sur le Zambèze pour découvrir un monde brut, protégé de l’incursion des hommes, dans une nature généreuse et primitive, comme un matin du monde où tout devenait possible au côté de ces tribus africaines.

Et puis tu t’es découvert une passion pour l’Asie au contact de tes voisins indochinois, avec leur sensibilité toute fine sur les choses de la vie, ce goût d’une esthétique dans laquelle tu t’es très vite retrouvé. Et qui t’habite plus que jamais.

Villa Ros, c’était une petite société multiculturelle où chacun avait à cœur de vivre en harmonie. Un moment de bonheur emporté dans la fuite du temps…

Mais le système colonial a continué à écraser le peuple algérien ; la guerre d’indépendance de l’Algérie vous a balayé et rejeté sans ménagement sur la côte nord de la Méditerranée. Avec un arrière goût d’exil. Et l’amour des terres lointaines pour toi.

Que reste t’il de votre vie algérienne …?

Des souvenirs, une nostalgie qui jamais ne s’éteint, parfois une douleur secrète qui remonte à la surface, telle la lave en fusion d’un volcan que l’on croyait à jamais éteint.

Mais surtout le bonheur d’être né sur une terre exceptionnelle, somptueuse, bienveillante, où le bleu de la mer et du ciel, où l’ocre des montagnes faisaient chanter vos espoirs d’une vie meilleure. En Algérie, et pas ailleurs.

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯

JARDIN D’HIVER

Ou comment chiner tous ces petits moments de bonheur. Quand le voyage est aussi un voyage intérieur…

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C’est un jardin qui surplombe les routes maritimes de la vie ; la vue y est imprenable mais il reste néanmoins, de par sa situation, protégé des grandes bourrasques quand elles s’abattent aux changements de saison, que les masses d’air s’y mesurent et luttent dans un ballet étourdissant.

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Vue de la clinique Aït Idir, anciennement clinique de la Croix-Rouge dans la Haute Casbah d’Alger où je suis né, mon premier jardin d’hiver.

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Jardin à certains égards luxuriant, ouvert sur l’océan, habité par des roses que tu as su acclimater sur ce sol parfois austère mais si riche d’ensoleillement, avec cette attention permanente pour elles et qui t’a permis de les accompagner, comme un témoignage de ton existence passée et des émotions qui t’ont enivré de bonheur…

La vie actuelle est tellement trépignante ; rien ne stagne, tout bouge et se transforme ; les choses les mieux établies sont parfois celles qui sont le moins assises ; les échanges passent de plus en plus par la correspondance électronique avec si peu de caractères qu’il faut savoir les déchiffrer et bien vite ; l’époque n’est plus celle du courrier épistolaire où il fallait cultiver la patience pour attendre la réponse à sa missive ; le temps déroule sa vieille carcasse et ton intérêt pour ce tourbillon s’émousse… Tu ne te retrouves plus dans ces lol (« a lot of laugh »), mdr (« mort de rire »). On t’a dit un jour qu’avec toi, il fallait passer beaucoup plus de temps quand on utilisait les sms car tu ne comprenais pas toujours la signification des messages reçus et que tu t’obstinais, bien malgré toi, à construire des phrases toujours construites. Question de génération peut-être…

Là au moins, dans ce jardin en balcon sur l’océan, les heures prennent tout leur sens et leur saveur. Ce n’est pas qu’il faille craindre de se jeter dans la mêlée mais l’hyper compétitivité devient de plus en plus une guerre économique et sociale, du chacun pour soi. Les dégâts n’ont pas fini de se compter dans nos sociétés qui se prétendent policées mais intègrent de moins en moins. Il n’y a qu’à constater le flux croissant des laissés pour compte.

Le temps, lorsque l’on peut s’en emparer, possède au moins une vertu. Il ralentit le rythme des choses et permet de mieux en prendre la mesure. Semblable au balancier de ta pendule bretonne qui égrène les secondes comme l’on écosse des petits pois en les sentant rouler sous ses doigts, bien vivants et parfumés, croquants, prêts à se laisser mijoter pour un partage autour de la table familiale et des amis.

Jardin d’hiver, jardin intérieur où il fait bon prendre son temps, découvrir de nouveaux auteurs, des talents inédits, partir à la rencontre d’écrivains que l’on avait un peu oubliés afin de renouer un dialogue fécond avec le meilleur de la vie. Car l’écriture a la vertu rare de nous faire redécouvrir la pensée des autres en effet miroir avec tout ce que l’on porte en soi.

J’aime mon jardin d’hiver qui a conservé ce parfum un peu suranné, ancien mais tellement vivant où tout ce que l’on a pu vivre et aimer reste intact, tant la force des émotions et des sentiments ne peut être rayée d’un trait de plume ; chacun peut y garder inscrit au fond de soi cette jeunesse du moment, fut-elle éloignée dans le temps, non dans un esprit passéiste et réducteur, mais comme un battement sourd où, l’espace d’un instant, l’on a pu atteindre une éternité qui jamais ne s’effacera…

Ces souvenirs d’autrefois nous appartiennent. A chacun d’en faire ce qu’il veut. Ils sont semblables à une pierre précieuse enchâssée dans un bijou ancien qui jamais ne nous quitte mais se fait oublier, tout en restant si présente. Ambiguïté des sentiments et de la vie.

Jardin où la lenteur permet aussi de gagner en profondeur et en intensité, dans un hymne à la vie, surplombant cette petite crique bretonne où, enfant, tu venais ramasser bigorneaux et crustacés avec des yeux émerveillés par la beauté et la force de l’océan, avec pour compagne ce crachin qui jamais ne mouillait mais t’accompagnait déjà dans ta jeune vie.

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯

CHANGBAI SHAN (长白山) et TIAN SHI (天池)

Province de JILING 吉林 au Nord-Est 东 北 du Pays du Milieu 中国,

2015年8月 août 2015.

Dans cette province, on trouve les vestiges d’un royaume coréen et cela se ressent dans les villes et villages traversés, avec des informations en langue coréenne. Au début des années 30, la province subira l’occupation japonaise, avec le dernier empereur fantoche de la dynastie Qing. Elle sera plus tard sur la ligne de front lors de la guerre civile entre le Guomindang et le Parti communiste chinois.

Je découvre la plus grande réserve naturelle de Chine, le CHANGBAI SHAN (Monts des Neiges éternelles), réserve naturelle aux confins de la Corée du Nord avec le Hot Spring Square, ses cascades et sources d’eau chaude où l’on peut faire très facilement cuire un oeuf en le plongeant dans l’eau. Impressionnant.

Paysage étonnant et extraordinaire du Tian Chi (Lac Céleste) au fond d’un cratère volcanique situé à 2 194 mètres d’altitude qu’il faut pouvoir atteindre après un transport en petit bus et une marche très revigorante.

Le tourisme se développe très fortement en Chine, tourisme de masse, populaire. Le Nord-Est de la Chine avec ses trois provinces est certainement une des régions parmi les moins visitées et pourtant, comme je vous le montrerai dans d’autres articles, on y rencontre beaucoup de choses intéressantes dans le domaine des paysages et de la géographie, de la culture, de l’histoire, des traditions avec toujours un très bel accueil pour les étrangers.

Ce jour là, il faisait très froid mais le ciel était dégagé, d’un joli bleu et la vue extraordinaire. Impression de tutoyer les dieux et cette nature triomphante dans sa beauté étincelante, semblable à la jeunesse qui s’ouvre à la vie. De nombreux touristes s’y pressaient et la mode du selfie y faisait aussi rage ; j’ai rencontré la même chose au Japon devant le Pavillon d’or à Kyoto. Le monde s’uniformise de plus en plus, c’est une des conséquences très banales de la mondialisation.

J’ai beaucoup apprécié ce lac et sa beauté, les nuages qui s’accrochaient aux éperons rocheux et aux sommets montagneux ; cette poésie de l’instant qui semblait se prolonger depuis la nuit des temps… Comme si tout était immuable.

Si l’eau n’avait pas été aussi froide, quelle tentation de plonger dans ces eaux métissées entre bleu et émeraude, dans une nature si loin des oripeaux de la vacuité humaine…

CHANGBAI SHAN 1

Chemins aménagés sur pilotis pour se protéger des sources d’eau chaude. Quel spectacle cette découverte d’une nature laissée à son état vierge, avec cet artifice pour marcher dans les airs sans souiller les sols de nos pas qui n’auraient de toutes les façons pas résisté aux brûlures inévitables.

CHANGBAI SHAN 2

Spectacle étrange d’être enveloppé par des rubans de nuages, aux confins de la Chine et si près de la Corée du Nord où l’on pénètrerait si l’on faisait le tour du lac de cratère. L’entrée inopinée dans ce pays n’est vraiment pas à recommander. Elle se serait sans doute très mal terminée.

CHANGBAI SHAN 3

Ciel et eaux froides, parfois gelées du lac de cratère, nuages et rochers, au sein d’une nature où l’emprise humaine se dérobe comme pour mieux nous faire ressentir la poésie du moment présent, de la découverte de cette nature semblable à un écrin…

TIAN CHI 1

TIAN CHI 3

Après cette sortie en montagne, quel plaisir à découvrir la cuisine locale où les influences coréennes sont toujours très fortes. A la sortie du restaurant, ce sont des artisans en plein travail que nous avons rencontrés.

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯

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