Un pont lancé au-dessus de l’horizon

Il y a quelques jours nos vies ont changé, et cela a commencé comme un mauvais rêve.

Dans la nuit profonde et obscure, alors que j’étais profondément endormi, un orage brutal a éclaté et sa violence m’a réveillé, sans que je sache au début si je rêvais ou non. C’était une tempête violente et soudaine, avec des vents qui emportaient tout ce qui pouvait se trouver dans les rues. Et ce fracas de la foudre qui tombait un peu partout, comme des blessures que la nature nous infligeait. Le vent était devenu grondement, il battait bruyamment les pavés comme le cheval de l’Apocalypse, avec pour cavalier un monstre sorti de forêts improbables, une faux à la main.

Les éléments naturels semblaient prendre le pas sur tout ce que notre société tenait définitivement pour acquis

Le spectre du Covid-19 vient de rentrer dans nos vies pour nous enfermer, rendant à la nature cette liberté que nous lui avions confisquée depuis si longtemps.

En sortant de mon domicile le matin, je suis brusquement saisi par une impression étrange, personne dans les rues, si ce n’est quelques rares passants barricadés sous un masque qui cachent leur visage et se pressent sans s’attarder. Et ce silence total, pesant, avec l’absence de ces petits bruits qui accompagnent habituellement nos journées.

C’est la distanciation sociale, la nouvelle norme à laquelle il va falloir durablement s’habituer.

J’ai l’impression d’être en transit vers une autre planète. C’est une dimension inattendue, l’entrée dans un monde nouveau que je ne m’explique pas. Et pour ne pas sombrer, je puise au fond de ma mémoire cet émerveillement qui avait été le mien en accostant au printemps 2015 sur la presqu’île du Sakurajima, au Japon, où se trouve l’un des volcans parmi les plus dangereux au monde.

C’était un rêve de toujours, me rendre au pays du Soleil Levant, cet archipel entouré par les plus profondes fosses océaniques du monde, où la vie prend d’autant plus sa richesse et sa force qu’elle se sait menacée par la violence des forces telluriques qui l’habitent.

Afin de rejoindre le volcan Sakurajima au départ de Kagoshima, j’embarque sur un bateau de croisière pour une courte traversée. Peu de monde, un ciel bas, nuageux, et des flots agités. Au loin, une masse montagneuse énorme, le volcan qui crache par intermittence des volutes de fumée sombre.

J’ai un masque sur le visage, il faut protéger ses poumons de tout ce que rejette ce monstre de la nature qui, en janvier 1914 est entré en éruption. Pendant de longs mois, des coulées de lave très importantes vont agrandir l’île et la relier à celle de Kyushu en comblant partiellement le détroit qui les sépare. Tout récemment en 2013, le volcan va de nouveau manifester sa puissance par des éruptions importantes. Il représente un réel danger pour les habitants qui habitent l’île, et aussi pour ceux de la ville de Kagoshima qui se trouve face à lui, sur l’île de Kyushu.

Les japonais ont appris à composer avec leur environnement parfois si dangereux, mais qui se révèle aussi très généreux grâce à ses richesses naturelles. Autour du volcan, les terres sont fertiles. Comme je l’apprendrai un peu plus tard, on y cultive de gros radis blancs appelés daikons, et aussi des komikans, minuscules mandarines très appréciées pour leur saveur.

Arrivée sur la presqu’île du Sakurajima, 13 avril 2015

C’est un formidable spectacle qui s’offre à moi, et je dois me cramponner au bastingage tant le vent nous secoue par intermittence, comme il le ferait pour un frêle esquif. Le danger est là, bien présent, par la force de ce volcan et le danger toujours présent de l’Océan Pacifique aux tsunamis meurtriers.

Une fois arrivé au port, un autobus me conduira sur un belvédère désert où la vue sur le volcan est magnifique, grandiose et austère.

Plus près du Sakurajima, seul face à la solitude dans une nature somptueuse
Du volcan à la mer

Les pentes sont ravinées, on y devine les coulées de lave que les japonais ont cherché à maîtriser grâce à des digues et à des canaux de collecte, afin de permettre aux gens de vivre ici, d’y travailler. D’ailleurs, je reviendrai sur mes pas sur une distance de plusieurs centaines de mètres afin de me rendre compte de l’importance de ces travaux de construction. C’est vraiment très impressionnant. Les maisons abritées par le relief du terrain ou des travaux de terrassement paraissent confortables et agréables à vivre.

Les hommes semblent cohabiter harmonieusement avec cette nature un peu sauvage, dangereuse. Ils s’y accommodent. On trouve des abris en béton pour se protéger des éruptions volcaniques, des chutes de pierre. C’est aussi une campagne où les productions agricoles permettent de vivre.

C’est vrai que le ciel ne doit pas être toujours bleu quand la montagne crache ses blocs de matière volcanique, que la vie n’est pas forcément facile avec les tremblements de terre nombreux et fréquents dans la région. Partout sur le sol, de la cendre dont il faut se protéger.

La réception de l’hôtel m’a donné ce matin quelques masques qui me seront utiles pendant tout mon séjour, que ce soit pour mon escapade près du volcan, ou dans la ville de Kagoshima. J’apprends l’humilité, le respect de ce qui nous dépasse et peut nous dominer, mais qui permet aussi de vivre sur ces terres labourées par les crises telluriques.

Magie d’un temps arrêté…

Une voiture s’arrêtera lorsque je prendrai des photos d’un champ de komikans, et son conducteur s’inquiètera pour savoir comment je compte rentrer au port. Je lui expliquerai que le chauffeur du bus m’a donné son heure de passage.

C’est un des charmes de mon voyage. Seul, mais pas isolé, à tenter de comprendre comment l’homme peut et doit partager l’espace avec les autres, et surtout avec le monde du vivant.

Le Sakurajima, ce volcan si dangereux, monstrueux à bien des égards, est aussi source de vie pour les japonais qui habitent près de ses flancs et dans la grande ville de Kagoshima aux rues toujours parsemées de cendre volcanique.

Et si le Covid-19 avait lui aussi à nous enseigner quelque chose d’important, afin de nous permettre de vivre enfin en harmonie avec cette biodiversité dont nous sommes issus et auquel nous appartenons, en dépit de notre propension à nous croire au-dessus de tout.

Gilbert Sanslaville

LA CRISE DE TROP AVANT LE DESASTRE

Je pensais, comme tant d’autres de mes concitoyens, que la France était un pays ouvert sur les autres, où l’égalité républicaine avait encore un sens.

La crise du Covid-19 nous démontre le contraire avec les inégalités sociales qui explosent, les quartiers pauvres relégués depuis longtemps à n’être plus qu’un champ d’illusions perdues, les enfants qui ne peuvent pas s’insérer dans la continuité pédagogique en raison de leurs conditions économiques, sociales et culturelles qui les maintiennent à l’écart de toute évolution.
Sans parler de cette stigmatisation des soignants par une minorité imbécile qui entache nos valeurs républicaines et fraternelles.

Déjà presque oubliés tous ceux qui ont assuré la continuité du pays, boulangers, épiciers, caissières, éboueurs, routiers, soignants, travailleurs de tous les secteurs et qui sont partis au charbon sans masque, sans gant, sans gel hydro-alcoolique. Alors même qu’en Allemagne, à Taïwan, en Corée du Sud, en Nouvelle Zélande et dans d’autres pays, il y a eu depuis le début de l’épidémie une véritable gouvernance.

Et que dire de l’attitude de la porte-parole du gouvernement sur les masques. S’ils n’ont pas été donnés aux gens, c’est tout simplement parce qu’il n’y en avait pas suffisamment. Et là, elle nous a donné de faux-arguments pour ne pas les distribuer à l’ensemble de la population. Difficile paraît-il de les mettre. Les miens viennent de Taïwan et je n’ai pas eu besoin de cours ou de tutoriel pour les mettre sur mon visage.

Et déjà, on observe des tentatives réactionnaires pour faire peser sur les seuls salariés le poids de la catastrophe économique et sociale qui arrive à grand pas. Sans parler des retraités qu’on va encore ponctionner, et je m’étonne que personne n’en ait fait allusion ; déjà que certains veulent continuer à les confiner, alors même que ce sont des gens responsables qui ont travaillé pendant toute leur vie à la création des richesses actuelles du pays. Quelle honte !

Sont épargnés les détenteurs de la rente, du capital qu’il soit financier ou patrimonial, des évadés fiscaux. Ce qui fait que l’égalité républicaine déjà si malmenée depuis les gouvernements précédents et par l’actuel gouvernement, va s’en trouver encore diminuée.

Et c’est une crise sociale sans précédent qui nous attend si les plus aisés s’enferment dans leur tour d’ivoire et refusent de partager.

Que deviendra, dans une telle tempête économique, sociale, culturelle et morale, le contrat social sur lequel est fondée la société française ?
Que va devenir notre pays dans un contexte européen et mondial où le réchauffement climatique, où le respect de la biodiversité est à chaque fois une variable d’ajustement.

Tous les jours des espèces animales et végétales disparaissent, la Terre continue à se réchauffer, la pollution poursuit son oeuvre et tue des milliers de gens. Et le monde s’en accommode !
Cela ne serait-il pas un suicide collectif, le suicide d’une espèce, la nôtre, incapable de se ressaisir pour tout simplement survivre.

Gilbert Sanslaville

Oran, ou une certaine idée du bonheur…

Le voyage, c’est aussi remonter le cours du temps en quittant un rivage devenu familier où l’on s’était établi au fil des années, pour enfin retrouver des souvenirs enfouis, enkystés, une mémoire qui parfois se délite comme une côte rocheuse sous les coups de butoir d’un océan déchaîné, à l’image des choses de la vie pas toujours bienveillantes…

Voyager dans le temps pour se réinstaller dans une identité perdue, une histoire familiale oubliée ou rejetée, sur un territoire devenu un jour étranger, pour interpeller les figures de ses ancêtres sans qui nous ne serions pas là. C’est convoquer tous ces êtres emportés dans la spirale des siècles et des années, se réapproprier ce qui constitue la chaîne des générations, ces sédiments de vie qui font partie de nous, parfois à notre insu d’ailleurs, parce que nous perdons très souvent la mémoire de nos pères et de nos mères.

Il s’agit aussi de mieux transmettre à tous ceux qui sont en train de nous succéder ce qui constitue la force de ce rameau humain auquel nous appartenons depuis la nuit des temps, comme une énergie qui jamais ne s’est éteinte…

Je voudrais ici évoquer ma vie à Oran, que je situe dans ma mémoire d’enfant entre 1956 et 1960.

C’était un immeuble dont l’adresse était symbolique de la colonisation en Algérie- Maison ou villa Ros, je ne sais plus – boulevard du corps expéditionnaire, à Oran.

Oran, Villa Ros, avril 2019 – Nous habitions dans l’immeuble de couleur ocre, au 2ème étage, je pense à gauche

Un immeuble de quelques étages, avec sur le toit une terrasse où le linge était étendu sur des fils pour sécher grâce au vent puissant qui soufflait. Tu aimais y accompagner ta mère pour l’aider et aussi pour poser tes yeux émerveillés sur le ciel si bleu d’Afrique.

Cet immeuble, c’était d’abord quelque chose qui s’apparentait à une grande famille avec les voisins aux origines multiples, français bien sûr mais aussi espagnols et indochinois.

Français mais métissés par leurs ancêtres mahonnais ou andalous. Votre voisin de palier avait fait la guerre d’Espagne et s’était exilé en Algérie, y trouvant une douceur de vivre qui n’allait pas durer. Tu te souviens très bien de lui, il se nommait Torroja Juan. Enfant, tu n’arrivais pas à avaler les cachets, et c’est lui qui, avec patience, t’a appris à maîtriser tes angoisses d’enfant devant cette guerre qui se faisait de plus en plus prégnante. Il t’avait surnommé avec affection « temblor de tierra » ; c’est tout dire, tu ne tenais pas en place.

Et puis, il y avait ton copain d’enfance, Thierry dont le père français avait fait la guerre du Vietnam ; il s’était marié avec une indochinoise. La famille venait de l’ancienne colonie française d’Indochine.

Tout ce petit monde s’était retrouvé au hasard des pérégrinations de la vie dans cet immeuble dont l’adresse rappelait que nous étions dans un pays de conquête, construit dans le bruit et la fureur, la guerre coloniale avec toutes ses injustices et que tu ne découvrirais que bien plus tard. Mais c’était aussi un lieu ouvert sur la vie et les autres au-delà de leurs différences. Ta mère employait une dame algérienne qui s’occupait de la maison et dont tu gardes en mémoire, soixante années après ton départ d’Oran, son prénom, Jera – mais tu n’es pas certain de l’orthographe. En tout cas tu te souviens très bien que le « J » de son prénom se prononçait comme la jota en espagnole, dans un raclement de la voix. Elle faisait vraiment partie de la famille.

Un jour, par suite d’un tremblement de terre, chacun s’était retrouvé au bas de la cage d’escalier, avec une belle frayeur.

Et tu allais souvent chez ton voisin espagnol Torroja lire les bandes dessinées de ses petits enfants, des Tintin et Milou. Premiers voyages…

Tout près se situait un jardin où tu allais t’amuser avec ta mère et ton petit frère pour essayer d’attraper les papillons et jouer à la balle. Tu as encore des photos de toi quelque part dans des cartons oubliés et fanés par le temps, avec une casquette posée sur la tête pour te protéger des rayons ardents du soleil, caché parmi les papyrus, avec la joie dans les yeux de vivre sur cette terre à laquelle tu avais fini par t’identifier.

A Oran

C’est de cette époque que date ton attrait pour l’Afrique noire, ce monde mystérieux et inconnu que tu découvrirais bientôt à travers l’œuvre de Jules Verne, avec notamment son roman « Un capitaine de quinze ans ». Combien de fois ne t’es-tu pas embarqué dans tes rêves éveillés sur le Zambèze pour découvrir un monde brut, protégé de l’incursion des hommes, dans une nature généreuse et primitive, comme un matin du monde où tout devenait possible au côté de ces tribus africaines.

Et puis tu as découvert cette passion pour l’Asie au contact de tes voisins indochinois avec leur sensibilité toute fine sur les choses de la vie, ce goût d’une esthétique dans laquelle tu t’es très vite retrouvé. Et qui t’habite plus que jamais.

Villa Ros, c’était une petite société multiculturelle où chacun avait à cœur de partager.

Mais le système colonial a continué à écraser le peuple algérien ; la guerre d’indépendance de l’Algérie vous a balayé et vous a rejeté sur la côte nord de la Méditerranée. Avec un arrière goût d’exil.

Gilbert Sanslaville 桑吉伯

Deux heures après minuit

Abidjan, aéroport Félix Houphouët Boigny, 14 février 2020, minuit

La nuit, ce monde du silence, de l’éloignement, de la solitude quand la lumière devient lointaine, que l’on s’enfonce dans les ténèbres.

A moins que cela ne soit la nuit des amants retrouvés qui voit l’exaltation des corps, dans une jouissance infinie.

L’obscurité s’y fait tenace, elle s’enracine comme si elle ne devait plus jamais s’effacer.

C’est un no man’s land, le passage d’une frontière invisible entre le monde des vivants et celui de ceux qui ne le sont plus tout à fait. Parce que le cycle des choses commence à les reléguer à de l’accessoire, pire même peut-être, à de l’insignifiance avant de les faire sombrer dans l’oubli le plus total.

La jeunesse a cette vertu de penser le long terme, de se projeter plus avant, tout en vivant intensément le moment présent. Les corps s’y retrouvent sans tabou pour honorer la beauté des choses, la force des sensations, des sentiments, car il faut bien célébrer les noces du plaisir partagé.

C’est le temps du bruissement du vent sur la cime des arbres, des tempêtes quand la nature entre en émoi devant la dévastation de tout ce qui paraissait bien établi. c’est un peu ça, vieillir. L’on s’interroge, et le silence devient l’unique contradicteur dans un face à face habité par l’absence de toute réponse à ses questionnements.

L’amour, ça se vit dans l’intensité du moment, et si le vent souffle fortement, et bien cela permet de se rapprocher davantage pour ressentir le bienfait d’être deux. Que dis-je, la chance de cheminer ensemble.

L’aube est encore lointaine, rien ne nous permet de savoir qu’elle est en marche.

Recevoir ce temps si particulier de deux heures après-minuit, afin de mieux accueillir le frémissement du réveil des forces de la nature, c’est aussi une façon d’accepter notre humaine condition.

Chrysalide devenue papillon il y a bien longtemps, pour un jour s’engager dans sa vieillesse sur un chemin dont nous ne savons rien, absolument rien, c’est devenir acteur d’un rôle et d’un scénario qui reste à découvrir et à créer.

Et peut-t’on encore avoir peur de l’aventure quand il n’y a plus grand-chose à perdre, la corrosion des corps par le temps ne nous laissant plus beaucoup d’espoir, sauf celui de vouloir être encore pleinement dans la vie…

Aimez, jeunes gens, aimez pleinement, le temps vous appartient. Il est à vous.

Bâtissez votre vie, et aussi toute votre existence sur les valeurs humaines universelles, sur tout ce qui vous fait avancer dans la lumière de la beauté des choses et de l’amour.

Gilbert Sanslaville 桑吉伯

Abidjan, la nostalgie déjà…

Retour prochain en France. Cela fait du bien de rentrer chez soi. Mais en prenant ce soir un taxi collectif jaune, je ressens déjà une certaine nostalgie pour ce pays, cette ville d’Abidjan et surtout pour ses habitants.

J’adore le langage imagé, souvent plein de poésie des Abidjanais. « Bonne arrivée » ; « ça va chez vous » ?  « Le petit a chauffé cette nuit » pour dire qu’il avait de la fièvre. « Il faut te fourrer » quand vous dites à quelqu’un qu’il doit rentrer sa chemise dans le pantalon. Et aussi, « on dit quoi » ? pour signifier comment ça va ?

Ce soir, en arrivant au carrefour la vie, j’ai remarqué pour la première fois qu’il y avait sur le côté une coiffeuse pour dame. On y trouve pêle-mêle des vendeurs de livres, de cacahuètes, de fruits. Les taxis débarquent leurs clients, la circulation y est la plupart du temps intense, la pollution toujours très présente, et il faut faire attention aux trous dans ce qui n’est pas le trottoir mais une bande latérale où les voitures passent allègrement. Je suis toujours très attentif à ce flot de circulation.

A 18 heures, il faisait encore 31 degrés, avec un ciel blanc et un soleil un peu voilé.

La Lagune

C’est une chance inouïe de pouvoir y travailler à mon âge, de plonger dans la culture et l’histoire de ce pays francophone où la langue française est la langue officielle. Le français ne se construit pas uniquement à Paris, il se transforme et évolue aussi en Côte d’Ivoire comme partout dans le monde. La France n’est plus propriétaire de son langage, d’autres s’en sont emparé et le font vivre avec leurs mots, leurs expressions.

Grand-Bassam

La langue de Molière, oui mais la langue d’Abidjan aussi !

Nostalgie de ce pays si attachant, où la résilience permet d’y survivre tant les choses y sont difficiles. J’y reviendrai un peu plus tard.

Gilbert Sanslaville 桑吉伯

L’Algérie, ce pays à la beauté éblouissante, mon pays

Selma, Casbah d’Alger – 6 avril 2019

C’était un moment inattendu que cette séance photo improvisée dans la Casbah, un moment de grâce. Dans ce qui se révélait à mes yeux, j’ai découvert la force et le courage de la jeunesse algérienne, prête à relever le défi de son destin, dans un pays qui se veut libre et ouvert.

Merci Selma de m’avoir permis de capturer par ce cliché ce qui est toujours mon pays natal, et que vous incarnez très bien.

Tipasa 5 avril 2019

Selma, dérivé de « sèlem » dont la signification en arabe est « paix », et aussi dérivé d’ « Anselm » qui prend le sens de protection divine dans la tradition germanique. Par un matin de printemps, ce prénom était l’incarnation même de la beauté et du mystère de la Casbah. Pour moi qui suis né dans la haute Casbah d’Alger, c’était quelque chose comme un retour aux sources de la vie ; tout comme ma visite à Tipasa qu’a si bien chanté Albert Camus et où je me suis baigné.

Première fois depuis l’exil que je retrouvais en Algérie la mer Méditerranée.

Gilbert Sanslaville 桑吉伯

Les clichés de l’Occident sur l’Afrique

Abidjan, le 9 février 2020

Les images sur l’Afrique et ses habitants sont parfois toutes faites et relèvent, soit d’un paternalisme démodé, soit d’une méconnaissance toute occidentale qui voudrait que seul ce qui vient du nord a une valeur absolue, en bien évidemment.

Mais c’est faux !

Prenons la couleur de la peau. On parle en Occident des Noirs.

Si de nombreux africains ont effectivement une peau d’un noir intense, on rencontre aussi tout un panel de couleur noire plus nuancée, avec parfois un grain quelque peu lumineux, et cela change toute la perspective que l’on peut avoir sur l’apparence physique d’une personne. Mais dans la couleur très noire, il y a aussi nuances, et cela enrichit la palette. C’est comme un paysage que l’on ne se lasse pas de regarder.

Je pense, c’est mon sentiment, que les personnes dont la couleur de peau est noire ont beaucoup plus de richesse dans leur pigmentation que celles qui sont qualifiées généralement de blancs. Le plus souvent, c’est un blanc sans beaucoup de nuances, parfois laiteux, souvent très fragile au soleil. Et alors là, ce n’est plus une peau blanche, mais une peau toute rouge, brûlée, qui bientôt pèlera.

Ma peau n’est pas entièrement blanche, elle est plutôt mate, et lorsque je bronze elle devient plus foncée. Cela tient de mes origines andalouses, et j’imagine que ma famille s’est métissée lors des invasions arabes. Il n’y a qu’à se balader dans le sud de l’Espagne et en Afrique du Nord pour comprendre que les peuples se sont mélangés, et que la pureté d’une race cela n’existe pas. On sait d’ailleurs tristement où cette pseudo-supériorité d’une peau, d’un peuple nous a mené. Vers le désastre le plus total, vers l’inhumanité criminelle de l’humanité.

J’aime cet arc en ciel des couleurs, du noir au blanc, en passant par une peau qui parfois bascule vers un ocre clair, difficile parfois de définir la couleur de peau des asiatiques, tant leurs peuples sont nombreux – plus d’un homme sur quatre – avec ce métissage généralisé qui crée des perspectives de peau aux nuances nouvelles.

C’est comme la culture quand elle se métisse, qu’elle devient un pont pour réunir tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté.

C’est cet arc en ciel qui devrait être la bannière d’une humanité bienveillante envers tous les membres de la famille humaine. Car l’humanité est une.

Gilbert Sanslaville 桑吉伯