EN IMMERSION A TAÏPEI…

Me voici donc jusqu’à lundi à Taïpei puisqu’un typhon est annoncé pour samedi sur Taitung. J’ai regardé ce qui s’était passé il y a quelques années dans cette ville cotière installée sur les rivages de l’Océan Pacifique, et l’énormité des vagues qui s’étaient abattues sur le rivage m’a vraiment convaincu que c’était une décision sage que de ne pas aller taquiner les éléments naturels.

Après avoir réservé un hôtel tout proche, je me suis mis en route pour y déposer ma valise car généralement les chambres ne sont disponibles ici qu’à partir de 15 heures. Une fois de plus, les habitants de Taïpei sont très serviables ; un chauffeur de taxi m’a renseigné et, après avoir fait quelques pas, je l’ai entendu accourir pour me montrer où était précisément cet hôtel. Etonnant et plein de bienveillance !

Une fois libéré de cette tâche matérielle, quoi de mieux que de s’enfoncer dans les rues avoisinantes et de partir, affranchi de tout guide touristique, pour y découvrir, à l’aventure, sans idées préconçues, comment est constituée une ville, quelles sont ses caractéristiques profondes, loin de toute représentation que l’on pourrait s’y faire a priori. Il est vrai que les grandes tendances actuelles sont toujours de visiter monuments, musées, lieux branchés et j’y souscrit parfaitement ; et pourtant avec quel étonnement je parcours ces rues qui ne sont dans aucun guide mais qui révèlent parfaitement l’état d’esprit, l’âme d’une ville dans sa vie quotidienne, bien réelle. J’y découvre un Taïpei exotique pour moi qui suis européen, une ville chaleureuse, où l’on y rencontre aussi des personnes simples, parfois très pauvres, dont on se demande pour certains où ils dorment le soir. Et pourtant jamais de gens agressifs. L’architecture y est résolument moderne, avec lorsque l’on rentre plus avant dans certains quartiers, des immeubles très modestes et d’autres dont on voit qu’ils sont comme lancés dans l’aventure du développement de la ville et du pays. La République de Chine s’y construit, lancée dans son devenir et je sens combien les taïwanais sont fiers de leur pays, de son développement dans une Asie où tant de pays veulent avancer dans une modernité qui reste à définir, dans un futur où rien n’est écrit. Oui, ce futur qui se dessine partout dans le monde et dont on voit mal ses contours, y compris dans notre Europe qui me paraît parfois si inquiète pour son avenir, ce qui s’y traduit par cette montée constante d’une extrême droite dont l’unique moteur est la peur des étrangers, la peur de l’autre.

Je ne ressens pas ici cette peur ; sans doute je ne détiens pas toutes les clefs pour comprendre cette société, et mes yeux étonnés et infiniment curieux se délectent de tout ce qui j’y découvre. Au hasard de mon entrée dans un grand magasin, je remarque un restaurant plutôt branché avec une musique et des chanteurs que l’on pourrait trouver en Europe. Je m’y installe, prends de ces crudités que je ne mange pas suffisamment et, entre deux bouchées, je travaille sur mon petit ordinateur qui m’accompagnait déjà lors de mon premier voyage au Japon en mars 2015 pour la fête des cerisiers. C’est certain, je ne voyage pas léger. Et pourquoi devrait-t’on voyager léger alors qu’il y a tant de choses à découvrir, à comprendre, et aussi parfois à ramener chez soi, comme un témoignage des émotions ressenties ; et il y a aussi tous ces mots à débusquer pour qu’ils réussissent à traduire ce que l’on peut éprouver devant la beauté des choses, la nouveauté des situations.
Je ne voyage pas pour rester à la surface des choses, mais au contraire je voyage pour aller au coeur de ce qui me paraît important parce que je dispose, pour ce temps limité, contraint, de la liberté d’aller et de venir comme je l’entends.

Je sens un pays tourné vers l’avenir, une jeunesse avide de découverte, sans trop de tabou je pense, mais avec toujours beaucoup de retenue.

En fin d’après-midi, je m’en vais visiter le temple de Longshan, situé Guangzhou Lu. C’est un temple très connu à Taïpei. Son nom signifie « la montagne des dragons ». Bâti une première fois en 1638, il a été rebâti trois fois, d’abord suite à un tremblement de terre en 1815 où il s’est effondré, puis suite à un typhon en 1867, et enfin victime d’un bombardement par les alliés en 1945, sa restauration s’est achevée en 1957. Il ne reste pas grand chose du premier temple construit. On retrouve de très nombreux dragons, que ce soit sur son toit ou autour de ses piliers.

Pendant que je commence ma visite, la pluie se met à tomber, suffisamment fort pour gâcher un peu la visite. Des gens prient, ils sont recueillis, récitent des textes, s’inclinent, font brûler de l’encens ; certains jettent sur le sol deux petits morceaux de bois qui, si on les réunissaient ensemble, ressembleraient me semble t’il à un cercle, celui du yin et du yang, du moins je le pense. Des offrandes sont déposées. J’essaie de comprendre ce rituel tout en respectant par mon silence ces personnes venues dans ce temple pour se recueillir et prier.

Je ne connais pas vraiment la différence entre se recueillir dans une église et se recueillir dans un temple bouddhiste. Pour cela, il me faudrait mieux comprendre ce qu’est le bouddhisme ; j’en ai une vague idée, mais c’est très insuffisant.

C’était un moment de calme, de sérénité, de paix intérieure. Dans ces moments, je pense toujours à mes parents aujourd’hui disparus. Le voyage permet aussi cela, aller plus en profondeur dans ses racines, surtout quand une situation nous ramène à ce que nous sommes, à ce que notre famille a été et à ce qu’elle a porté dans ses valeurs, son humanité.

Gilbert
28 juillet 2017

NB : j’avais fais une erreur sur l’histoire du temple de Longshan, je viens de rectifier ce qui était erroné.

5 commentaires sur « EN IMMERSION A TAÏPEI… »

  1. Je suis vraiment fan de vos articles et de vos descriptions, par petites touches. Que de poésie qui s’en dégage! Merci beaucoup d’avoir partagé vos points de vue sur ce qui fait Taipei!
    J’espère pouvoir continuer à vous lire! 🙂

    Enfin, si jamais vous pouvez concrétiser votre voyage à Taitung : surtout, allez au village « tiehuacun 鐵花村 »! Ce n’est pas vraiment un village en soi, il s’agit de l’ancienne gare de Taitung, qui se situe en centre-ville, et qui a été réaménagée en place de concert de musique aborigène en plein air, marché d’artisanat local, etc. Dans mes souvenirs, on peut même y acheter du café taïwanais made in Taiwan! J’espère vraiment que vous aurez l’occasion d’y faire un tour! 🙂

    http://taipei-discovery.com/

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      1. C’est effectivement le revers d’aimes les voyages, les nuits sont forcément plus courtes tant il y a d’endroits à parcourir. Merci beaucoup pour votre visite!

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