ESCAPADE A JINGUASHI

Un ami taïwanais, avec qui j’ai dîné cette semaine, m’a suggéré de me rendre à Jinguashi, au nord-est de Taïpei puisque le typhon m’oblige à différer de quelques jours mon départ pour Taitung.

En quittant ma chambre, je prends l’ascenseur où se trouve déjà une famille, les parents et leurs deux filles âgées d’environ une trentaine d’années. Le père me les présente. Il me dit qu’il est de Malaisie et s’enquiert de ma nationalité. A la sortie, il me présente sa troisième fille qui porte un bébé dans les bras, c’est son petit fils. J’aime ces moments car quand on a du temps pour soi, on prend le temps aussi de découvrir le monde et les autres.

Grâce aux explications de mon ami taïwanais, je prends le métro à la station Ximen, que je connaîs maintenant sur le bout des doigts, pour Zhongxiao-Fuxing sur la ligne Bannan Line. Une fois arrivé, je cherche une information pour prendre le bus afin d’atteindre Jinguashi. La jeune femme qui me renseigne se déplace pour atteindre avec moi l’arrêt de bus, s’enquiert de la bonne direction auprès d’un employé et, une fois assurée que je suis au bon endroit, repart d’où elle était venue après que je l’en ai remerciée.
Dans ce pays, on se perd rarement car les gens viennent souvent spontanément à vous lorsqu’ils vous voient dans la difficulté.
A son départ, j’assiste à une scène d’une rare violence puisque l’employé s’en prend à un homme dont il pensait qu’il allait passer devant tout le monde. Celui-ci ne se laisse pas faire et entreprend d’en découdre. Stupeur dans l’assistance, nous sommes environ 5 à 6 personnes. Rapidement un autre employé s’interpose et tout se calme de façon presque inattendue.

Après cet incident, une taïwanaise me demande si je suis français. A ma réponse affirmative, elle me précise avec un joli sourire qu’elle a fait ses études à Limoges. Je la complimente pour son français très académique et correct. Je la reverrai à plusieurs reprises lors de ma visite. Quand elle me précise qu’il faut faire l’appoint pour payer le bus et que je lui indique que je n’en ai pas, elle discute en chinois avec une autre passagère et son mari, et cette dernière se propose de me faire la monnaie sur mon billet de 500 dollars. Ce sont des choses que je vivrai souvent pendant mon voyage, des échanges rapides, éphémères inévitablement, mais toujours ancrés dans la réalité du problème rencontré, dans l’accueil.

Le bus arrive, le 1062 précisément, et pour 115 dollars taïwanais, nous emmène dans l’ancienne ville minière de Jinguashi, dont l’histoire est intimement liée à l’occupation de l’armée impériale japonaise. J’essaie toujours d’être très prudent dans l’emploi de mes mots, tant les cicatrices du passé sont encore présentes dans toute l’Asie, que ce soit à Taïwan, au Japon ou en Chine. Mais aussi dans les autres pays de la région. D’ailleurs, lors de mes voyages précédents au Japon et en Chine, j’ai tenu à me rendre dans ces lieux emblématiques où la souffrance humaine a été terrible, que cela soit à Hiroshima au Japon ou à Nanjing en Chine. Personne n’est responsable des événements du passé, surtout de la barbarie humaine la plus abjecte, mais nous sommes tous comptables de la Mémoire qu’il convient d’entretenir pour honorer les victimes et ne jamais oublier ce qui s’est passé, surtout quand elles ne sont plus là pour témoigner.

D’ailleurs, nous Français, sommes nous irréprochables lorsque l’on voit comment s’est déroulée la guerre d’Indochine ?

Le bus nous mène vers Jinguashi et, pour cela nous traversons Taïpei, la campagne environnante et bientôt la montagne où les côtes sont pentues.

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C’est une plongée dans le coeur de Taïwan, loin des clichés de cartes postales. Je constate que la vie n’est pas facile pour tous les taïwanais mais que beaucoup ont le sourire aux lèvres lorsque l’on s’adresse à eux, qu’ils ont le courage au coeur pour avancer, fût-ce dans des petites choses ; mais une existence humaine n’est-elle pas constituée de petits pas pour créer son propre chemin, gravir des pentes escarpées lorsqu’il le faut, tenir bon face à l’adversité, se nourrir de ces riens qui forment pourtant un tout, celui d’un destin, même s’il est obscur et méconnu. C’est le miracle de la vie qui nous pousse toujours en avant, pour ne rien céder, pour ne pas abdiquer.

Une fois arrivé, le temps qui était gris à Taïpei devient orageux, et pendant toute ma visite à Jinguashi, les éclaircies vont alterner avec des pluies violentes qui vont me mettre à mal, moi qui n’ai pas de parapluie. Je le ferai le soir même à mon retour, et la vendeuse m’appliquera une réduction car cet article était en promotion, mais comment aurais-je pu le savoir ; j’ai d’ailleurs toujours constaté une grande élégance de la part des vendeurs lorsque j’ai fait des emplettes pour ramener des choses chez moi, tant au Japon qu’à Taïwan. Jamais on n’a essayé de profiter de mon statut d’étranger pour me faire payer le prix fort ; au contraire même, souvent on m’a offert en plus quelque chose.
J’avais heureusement pris un imperméable, mais pas suffisamment adapté à ces précipitations. Comme le disent les anglais, it rains cats and dogs. J’aime bien aussi l’expression française, il pleut comme vache qui pisse, expression de moins en moins employée dans notre société où la ruralité se retrécit face à l’avancée des villes. Mais je reste attaché à ces expressions qui témoignent de rapports sociaux et humains, psychologiques même.

Je visite le Gold Ecological Park qui est en fait un parc minier, autrefois très important dans l’exploitation de l’or. On peut faire différentes visites à l’intérieur de ce parc, en particulier celle d’une maison japonaise qu’occupait autrefois une famille, sans doute de militaire et, comme au Japon, il faut enlever ses chaussures, les poser sur une étagère, enfiler des chaussons mis à disposition avant de commencer sa visite. C’est assez austère mais confortable.

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J’entreprends également la visite d’un tunnel sur plusieurs centaines de mètres avec ses structures de bois et ses rails où l’eau ruisselle par endroit. Il faut porter un casque pour ne pas se faire mal à la tête, les parois étant relativement étroites et basses, mais avant de le mettre, un employé me tend un carré de papier à poser sur le crâne pour éviter les frottements. Elégance de l’accueil. Les conditions de travail à l’époque étaient très difficiles, pour ne pas dire impitoyables pour les mineurs, notamment australiens et britanniques. Mais je crois aussi que des taïwanais ont été enrôlés comme soldats.

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Le poids du passé se ressent dans ce parc minier. On peut se dire aussi qu’une meilleure connaissance des peuples entre eux est absolument indispensable si l’on ne veut pas que les tragédies du passé ressurgissent. Pour cela, je compte sur la jeunesse qui tient l’avenir du monde entre ses mains ; je souhaite qu’elle soit plus avisée afin que le monde en soit plus juste et plus heureux.

Un peu plus haut sur la colline se situe le temple d’or. C’est un ancien temple shintoïste dont il ne reste que des ruines. Voulant m’y rendre, je gravissais péniblement les escaliers de pierre qui m’y conduisaient quand la pluie est arrivée avec une force inouïe. Je n’ai pu en voir que deux lanternes et une sorte de tori, le tout en pierre. Il m’a fallu rebrousser chemin en redescendant le plus rapidement possible les marches, tout en faisant attention à ne pas me laisser emporter par mon élan. Je n’allais tout de même pas risquer de me briser une jambe, cela aurait été gênant et vexant, tout de même. Je me suis donc abrité à l’entrée du tunnel où se tenaient deux gardiens.

Entre deux éclaircies, je suis parti dans une maison de thé où l’on servait également des repas. Les tables étaient toutes occupées et j’allais m’en repartir dépité quand des étudiants m’ont proposé de m’asseoir à leur table. J’ai accepté et nous avons un peu discuté, pris quelques photos. Ils étaient tout un groupe d’étudiants avec leur professeur, de nationalité coréenne et ceux avec qui j’étais apprenaient le chinois. L’aventure, cela donne aussi de l’appétit et je me suis dévoré un plat de nouilles avec du riz, des légumes et du porc.

Retour en fin d’après midi à Taïpei, mouillé et un peu crotté. Cela ne m’a pas empêché d’aller faire les magasins, tant mon appétit de découverte avait été décuplé par cette journée qui restera dans ma mémoire.

Gilbert
29 juilllet 2017

2 commentaires sur « ESCAPADE A JINGUASHI »

  1. merci beaucoup pour ta participation, j’aime beaucoup tes ecriture…depuis toujours…si c’est possible, tu peux mettre beaucoup plus de photos dans tes articles, car le voyage que tu nous raconte tres interessant…merci encore

    Aimé par 1 personne

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