ARRIVEE A TAITUNG

Je quitte mon hôtel assez tôt pour être certain de ne pas rater mon train. J’en oublie de prendre mon petit déjeuner. Le temps est à l’orage et je me presse. Heureusement, la station de métro Ximen est à quelques minutes.
Je retrouve mon chemin sans problème, m’achète de quoi tenir jusqu’à l’arrivée à Taitung ; je suis bientôt à la gare où je présente mon ticket. A peine une demi-heure depuis l’hôtel. Après le passage devant un contrôleur, je descend quelques marches pour atteindre les quais agrémentés de jolies affiches comme celle-ci :

IMG_7567 (2).JPG

Comme je suis en avance, j’ai le temps d’observer ce ballet incessant de trains qui arrivent, déversent leur flot de passagers, pour en prendre de nouveaux et bientôt repartir. Certains de ces passagers arrivent juste à l’heure et se précipitent dans les voitures avant que les portes ne se referment. Pas question de compter sur un éventuel retard du train pour être sûr de ne pas le rater, la ponctualité est ici un maître mot.

Tous ces trains ont un vécu, ils sont la plupart du temps assez anciens, parfois d’un autre âge mais ils ont gardé un charme un peu désuet, celle d’une époque envolée où le train faisait encore partie de la modernité parmi la plus avancée ; celle-ci se niche désormais dans d’autres outils qui tiennent dans la main, le smartphone qui envahit tout. Ce train, malgré son grand âge, me touche car il me rappelle une époque elle aussi bien révolue quand, à mon arrivée en France, après avoir été à Cannes chez une grand-tante de mon père, nous avions été à Viviers dans l’Ardèche, chez une sœur de ma mère. Ces quelques mois passés en Ardèche aux environs d’avril à juin 1963 ont été parmi les plus heureux de mon enfance.

Curieux chez moi, comme chez tous je pense, un simple événement, une chose toute banale peut renvoyer à un passé lointain, tapi dans les recoins de la pensée, attendant patiemment l’événement déclencheur pour sortir des circonvolutions du cerveau. Peut-être est cela aussi que j’aime dans A la Recherche du Temps Perdu – In Search of Lost Time – de Marcel Proust, cette appartenance qui jamais ne s’efface à ce que l’on a vécu et aimé, à ce que l’on a été à un moment parfois bien précis de sa vie et qui, à l’ombre du présent parfois agité de nos existences, se rappelle à nous, comme une fidélité, une identité que l’on croyait avoir à jamais oubliée.

IMG_7565.JPG

Les trains ne se ressemblent pas, mais ils nous transportent avec nos rêves… J’ai goûté leur passage en attendant le mien, observant la ronde des voyageurs qui descendaient et ceux qui montaient, à la recherche de leur compartiment…

IMG_7561 (2).JPG

J’essaie de photographier tous ces trains du mieux possible malgré la foule des voyageurs, les quais étroits et le stress qui m’accompagne souvent lorsque, pendant mon voyage, je sors d’un cadre sécurisant. Car maintenant, je vais partir dans le sud-est de l’île, longer l’Océan pacifique et les montagnes, descendre dans un Taïwan que je n’ai pas encore approché, peuplé de nombreux aborigènes, dans une région plus intimiste et tranquille.

IMG_7564

Nous sommes assez peu dans le wagon, et quand nous partons, je suis content d’entreprendre une nouvelle étape de mon voyage.

IMG_7583.JPG

Nous quittons les faubourgs de Taïpei, entrons dans la campagne, longeons des paysages de plus en plus montagneux. Le roulement du train m’endort assez vite et lorsque je me réveille, je découvre que nous longeons l’océan ; bientôt nous allons nous engouffrer dans des tunnels souvent très longs ; les montagnes sont là avec leur végétation dense, leurs massifs forestiers même si les arbres ne me semblent pas très hauts. Au fur et à mesure des arrêts, le wagon se vide doucement ; une contrôleuse passe, vérifie les titres de transports ; ce sont parfois des voyageurs qui vont aux toilettes, des enfants qui courent, une vendeuse de produits alimentaires à grignoter ; une employée qui nettoie le wagon près d’une porte de secours où de l’eau extérieure a coulé, car il faut dire que la pluie tombe par intermittence.

Le ciel est maintenant à l’image de la vie, une alternance d’azur bientôt traversée par la course sans fin des nuages, avec une pluie soudaine, violente, qui frappe les vitres du train, brouille le paysage, m’empêche de faire des photos, rafraîchit l’atmosphère et, un peu plus loin, retrouve sa sérénité en me faisant découvrir à nouveau l’océan pacifique et ses plages de sable gris… Quel spectacle, quelle chance inouïe de pouvoir vivre tout cela… Oui, quelle chance de longer cet Océan Pacifique, si calme mais qui pourrait être brusquement si redoutable.

IMG_7604.JPG

Au fur et à mesure que j’approche de Taitung, je découvre des champs de rizières qui côtoient souvent des habitations, dans un métissage constitué par des terres bien au sec et d’autres inondées pour assurer la culture du riz. J’aime ce paysage, inconnu pour moi jusqu’à présent, où le ciel et les montagnes se reflètent dans l’eau nourricière…

IMG_7760.JPG

C’est presqu’un monde flottant entre ciel et terre, où l’eau devient miroir et nous dévoile les choses sous un angle différent, inhabituel…

IMG_7767

A mon arrivée, J’ai bien envie de prendre un taxi car l’hôtel est un peu excentré par rapport au centre ville. Pourtant, un certain esprit aventureux m’anime parfois et je choisis aujourd’hui de prendre un bus, malgré d’évidentes difficultés pour trouver mon chemin. Après moults explications à la gare, je me dirige vers l’arrêt de bus. Il y a en fait plusieurs compagnies privées et les voyageurs en attente ne peuvent pas me renseigner. Je m’adresse enfin à une dame qui me renvoie à plusieurs jeunes ; ils me précisent en anglais qu’ils prennent le même bus, et qu’ils m’accompagneront à l’hôtel. Je les en remercie, mais au moment de payer mon voyage, je m’aperçois que je n’ai sans doute pas la monnaie suffisante, le chauffeur n’acceptant pas les billets et me pressant afin de vite repartir avec son bus. Fait incroyable, alors que je m’apprête à descendre, l’âme en peine, un des trois jeunes paie à ma place. Après avoir vidé mon porte-monnaie, je rassemble enfin la monnaie suffisante pour rembourser ce jeune. Il refusera à tout prix. C’est cet accueil que je retrouverai tout au long de mon voyage à Taïwan, et aussi au Japon.

Une fois arrivé devant l’hôtel, les trois jeunes s’en repartent et je les remercie avec reconnaissance.

Quand on pense à ce que certains adultes portent comme jugement négatif sur les jeunes, et bien, on se dit qu’ils devraient davantage les rencontrer, en France que ce soit dans nos quartiers ou nos campagnes, dans les associations où ils s’impliquent, ou ailleurs en Europe, ou même ici à Taïwan. Et ils comprendraient que la jeunesse est l’avenir du monde et que nous, adultes, pas la société car il est facile de tout reporter sur les autres, non, nous adultes nous ne leur accordons pas une considération suffisante !

Je trouve porte close. Je frappe à la vitre, personne ne répond. Je m’adresse à quelques personnes qui sont près d’une maison voisine en tentant de leur expliquer en anglais la situation. Pas facile. Quand elles ont compris, l’une d’entre elles s’apprête à téléphoner à l’hôtel dont le numéro est affiché sur la porte. A ce moment précis, le responsable de l’établissement arrive, sans doute alerté par la caméra qui est à l’extérieur et filme tout ce qui se passe.

C’est une petite chambre bien sympathique, avec une cuisine et un salon communs. J’y prend un café et je me mets rapidement en route pour aller visiter le Taitung Art Museum. Sur mon trajet, je fais une rencontre étonnante, un homme haut perché sur un échaffaudage de bambou, en train de peindre une façade d’immeuble, sans casque, non attaché ; moi, qui à trois mètres de hauteur ait déjà le vertige, je me sens brusquement défaillir.

IMG_7776.JPG

De loin et de près… Cela me semblait inimaginable de monter si haut, comme cela, que je suis resté un petit moment à observer cet homme.

IMG_7775.JPG

J’ai un peu de mal à trouver mon chemin pour arriver au musée. Une jeune femme d’une trentaine d’année avec sa petite fille de 11 mois m’aide spontanément en s’adressant à moi, rentre dans un commissariat de police car elle ne situe pas bien ce musée et me met bientôt dans la bonne direction, en ayant, il faut le préciser, changé son itinéraire pour ne pas me laisser errer, comme une âme en peine. Etonnant pays où les étrangers ne sont pas ignorés quand ils sont en difficulté.

J’arrive enfin à ce musée. Malheureusement, j’ai dépassé l’heure d’ouverture et je trouve porte close. Une famille s’enquiert de ce que je cherche. Elle me renseigne sur les jours d’ouverture.

Je décide alors d’en faire le tour, de prendre quelques clichés car, manifestement, l’architecte a voulu mettre des symboles dans les espaces verts qui l’entourent, telles ces passerelles qui s’apparentent par certains aspects à des ponts, des vaisseaux, comme autant de liens pour rapprocher les hommes entre eux.

IMG_7803.JPG

C’est aussi cela la culture, mettre du lien au sein d’une humanité qui, telle la Tour de Babel, se divise chaque jour un peu plus, alors même qu’elle est issue des mêmes racines.
D’ailleurs, tout autour du musée je rencontre quelques familles avec leurs enfants qui déambulent et jouent, font du vélo ; aussi des personnes âgées ou d’autres handicapées sur leur fauteuil roulant et que des proches promènent.

IMG_7808.JPG

La vie est autour de ce musée, et j’aime beaucoup cela.

Gilbert
Lundi 31 juillet 2017ssemblent p

2 commentaires sur « ARRIVEE A TAITUNG »

  1. Félicitation Gilbert pour ton carnet de voyage !
    Tu arrives à écrire chaque jour alors que tes journées finissent parfois très tard, mais toujours très bien grâce à la bienveillance que tu rencontres. Enfin l’aventure c’est l’aventure ! J’ai été particulièrement impressionné par ce peintre et son échafaudage en bambou si rudimentaire. A ce propos je suis preneur de toutes photos concernant des objets ou des ouvrages en bambou.
    Bonne continuation …

    J'aime

    1. Bonjour Jean-Claude,
      Merci pour ton message. J’ai pris beaucoup de retard dans l’écriture de mon voyage. Maintenant que je suis rentré en France, je vais pouvoir continuer à écrire. Tu as raison, j’ai rencontré beaucoup de gens bienveillants à mon égard. Pour les photos sur les bambous, je vais chercher dans tout ce que j’ai comme clichés. J’ai mangé à Taïwan du bamboo baby, des pousses toutes jeunes, un régal. Gilbert

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s