Parc national du Banco

Abidjan, le 9 février 2020

Au coeur d’Abidjan, un poumon vert qui permet d’échapper à la pollution, aux bruits de la ville, à l’agitation permanente. Classé réserve forestière en 1926, c’est devenu un parc national en 1953.

Pour le rejoindre, il faut en passer par un taxi rouge qui emprunte une route à double voie, et là, après avoir payé la somme de 5 000 francs CFA pour y entrer, nous louons de nouveau les services de ce taxi pour nous mener au coeur du parc. Il nous en coûtera 2 000 francs, mais il fallait ça car nous devrons parcourir en voiture environ 3 km et demi pour arriver à ce qui sera pour nous un enchantement. A un moment, il faudra descendre et continuer notre chemin à pied, tant la piste devient étroite et le risque est que notre chauffeur ne puisse plus avancer ; il devra au prix d’une manœuvre compliquée faire demi-tour.

Paysage étonnant que ces arbres parfois très âgés dont les racines sont semblables aux plis que feraient une robe. En cela, la ressemblance est forte avec les statues antiques où les vêtements sont bien marqués dans leurs détails.

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Les arbres sont souvent très hauts, plein de force, comme lancés à la rencontre du ciel et du soleil. On devine que la canopée, cet étage supérieur de la forêt, difficile d’accès, est riche dans sa biodiversité. J’ai l’impression d’être dans une forêt très différente de celles que l’on rencontre en Europe, entre Tropique du Cancer et équateur, où Tarzan pourrait bientôt surgir, accroché à une liane. Et elles sont nombreuses ici.

La piste est étroite, parfois parsemée de branchages, de fruits exotiques inconnus pour moi.

Le silence règne ici, tout est assourdi. La ville est pourtant proche, mais rien ne nous parvient de l’agitation du monde des hommes. C’est peut-être là qu’est l’essentiel, la richesse de la vie et des choses au sein de cette nature, dans cette forêt d’environ 3 500 hectares dont un tiers peut être qualifiée de primaire, entre les communes de Yopougon au sud-ouest, Attécoubé au sud, Adjamé à l’est, et Atobo au nord-est où se comptent les habitations en tôle, un habitat très précaire, avec une foultitude de petites échoppes où la misère s’étale au grand jour.

Beaucoup de gens complètent leurs modestes revenus par de petites activités, telles vendre de menus objets, des œufs durs, réparer des appareils, fabriquer des meubles. L’art de la débrouille est ici une institution pour ne pas sombrer.

Un ami français m’expliquait qu’un jour un de ses collègues ivoirien avait perdu sa très modeste cahute suite à un incendie, et qu’il lui avait donné quelque chose comme 20 000 francs pour l’aider. A la fois si peu de chose, mais beaucoup pour survivre. Et une reconnaissance éperdue.

Cette forêt me rend mélancolique, tant de choses s’y sont passées pendant la colonisation et depuis l’indépendance. Ces dernières années, la parcourir était dangereux, on pouvait tomber sur des braconniers. Surtout que si l’on s’aventure dans ses taillis, en quittant la piste, tout peut arriver. On risque de s’y perdre, de se blesser et de faire une mauvaise rencontre. La signalétique est peu informative, il y a parfois une impression d’abandon, à moins que cela ne soit la volonté de rendre à la nature son côté primitif.

La piste ressemble parfois à un long tunnel végétal, une trouée dans un océan de verdure luxuriante dont les vagues empiètent sur nos pas avec ces racines impressionnantes qui s’enfoncent dans le sol.

Et si la vraie vie était là, dans un mode de vie plus proche de la nature qui ferait une place bien moindre à la finance, de celle qui détruit tout, qui enlaidit les paysages et asservit hommes, femmes, et aussi les enfants ne l’oublions pas, au nom d’un pseudo développement. En dépossédant les habitants de nombreux pays pour les plonger dans la dépendance et la misère. C’est aussi en partie vrai chez nous.

Un peu plus loin, nous rencontrerons des étudiants scouts de Côte d’Ivoire, aussi des lycéens et des collégiens en sortie pédagogique sur la préservation de la biodiversité et la découverte de la forêt.

Etudiants scouts

C’est aussi pour eux l’occasion de danser, de se retrouver dans une fête joyeuse dont les notes de musique semblent se déplacer dans un ballet effréné.

Un guide nous montrera des anciennes maisons coloniales, actuellement habitées, sans doute par le personnel d’entretien du parc. Elles sont très modestes. Rien ne semble avoir changé depuis leur construction.

Maison coloniale, Route de l’Inspecteur principal Martineau

Il serait intéressant de savoir ce que fut la vie de tous leurs occupants et de leur famille, le travail qui les occupait, leurs rapports avec les populations locales.

Face à la grande crise économique mondiale, dans les années 30, le gouverneur François-Joseph Reste de Roca (1879-1976) a cherché à développer la production agricole de la colonie de Côte d’Ivoire, afin d’accroître les approvionnements, de développer les cultures vivrières et les exportations. Il avait institué des journées agricoles, des foires d’exposition, avec concours.

Par des arrêtés, il y eut bientôt des journées du cacao, du café, de la banane. La première foire d’exposition eut lieu en 1934 à Abidjan, cela permit de récompenser par des primes les meilleurs exploitants agricoles, africains ou européens. Cela suscita une émulation entre producteurs.

Des concours d’éleveurs se tinrent à Korhogo au nord du pays et aussi à Bouaké, elles connurent un grand succès.

Le gouverneur lança aussi une politique de grands travaux, chemins de fer, hôpitaux, écoles, routes et notamment un pont de 250 mètres sur le Bandana, le plus grand de toute l’Afrique Occidentale Française (A.O.F.).

Il réalisa un certain nombre de choses dans la forêt du Banco, une station de recherche, l’ouverture au public, la création de plus de 50 kilomètres de pistes, une piscine naturelle, un mini zoo. Il voulait en faire le Bois de Boulogne d’Abidjan.

Le conservateur des Eaux et Forêts Martineau a aussi été un acteur de la transformation de cette forêt. J’ai trouvé un panneau « route de l’Inspecteur Principal Martineau ».

Le gouverneur Reste eut cette idée lumineuse d’organiser une fête de l’enfance à Abidjan en 1934, première grande manifestation culturelle de grande envergure.

Le président de la Côte d’Ivoire, Houphouët-Boigny l’invita pour les festivités de l’inauguration du grand pont d’Abidjan en 1958.

Au travers de ces modestes maisons datant de la colonisation, on imagine sans trop de difficulté ce que fut la vie de tous ces africains, ces ivoiriens, placés dans une situation complètement inégalitaire. Mais les choses ont-elles tellement changé ?

Un plaque rappelle l’existence du gouverneur Reste.

Un peu plus loin, c’est l’Ecole forestière qui forme quelques élèves chaque année.

La fête pour toute cette jeunesse

Nous nous sommes faits photographier à leur demande par des élèves dans une ambiance joyeuse, et que j’ai essayé à mon tour d’inscrire dans quelques clichés. Merci pour m’avoir permis de photographier la lumière de tous vos regards, vous qui construisez la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui et de demain.

Au hasard des rencontres
L’espérance de l’Afrique dans le regard de ces jeunes filles

Ce fut une journée intéressante, baignée par la chaleur, un peu fatigante, au coeur d’une nature généreuse, riche, diversifiée, et avec des vestiges d’un système colonial qui n’en a pas fini de dérouler son histoire dans la société ivoirienne, entre un passé douloureux et un présent qui veut s’inscrire dans le futur.

La lumière de ce regard

Gilbert Sanslaville 桑吉伯

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