Deux heures après minuit

Abidjan, aéroport Félix Houphouët Boigny, 14 février 2020, minuit

La nuit, ce monde du silence, de l’éloignement, de la solitude quand la lumière devient lointaine, que l’on s’enfonce dans les ténèbres.

A moins que cela ne soit la nuit des amants retrouvés qui voit l’exaltation des corps, dans une jouissance infinie.

L’obscurité s’y fait tenace, elle s’enracine comme si elle ne devait plus jamais s’effacer.

C’est un no man’s land, le passage d’une frontière invisible entre le monde des vivants et celui de ceux qui ne le sont plus tout à fait. Parce que le cycle des choses commence à les reléguer à de l’accessoire, pire même peut-être, à de l’insignifiance avant de les faire sombrer dans l’oubli le plus total.

La jeunesse a cette vertu de penser le long terme, de se projeter plus avant, tout en vivant intensément le moment présent. Les corps s’y retrouvent sans tabou pour honorer la beauté des choses, la force des sensations, des sentiments, car il faut bien célébrer les noces du plaisir partagé.

C’est le temps du bruissement du vent sur la cime des arbres, des tempêtes quand la nature entre en émoi devant la dévastation de tout ce qui paraissait bien établi. c’est un peu ça, vieillir. L’on s’interroge, et le silence devient l’unique contradicteur dans un face à face habité par l’absence de toute réponse à ses questionnements.

L’amour, ça se vit dans l’intensité du moment, et si le vent souffle fortement, et bien cela permet de se rapprocher davantage pour ressentir le bienfait d’être deux. Que dis-je, la chance de cheminer ensemble.

L’aube est encore lointaine, rien ne nous permet de savoir qu’elle est en marche.

Recevoir ce temps si particulier de deux heures après-minuit, afin de mieux accueillir le frémissement du réveil des forces de la nature, c’est aussi une façon d’accepter notre humaine condition.

Chrysalide devenue papillon il y a bien longtemps, pour un jour s’engager dans sa vieillesse sur un chemin dont nous ne savons rien, absolument rien, c’est devenir acteur d’un rôle et d’un scénario qui reste à découvrir et à créer.

Et peut-t’on encore avoir peur de l’aventure quand il n’y a plus grand-chose à perdre, la corrosion des corps par le temps ne nous laissant plus beaucoup d’espoir, sauf celui de vouloir être encore pleinement dans la vie…

Aimez, jeunes gens, aimez pleinement, le temps vous appartient. Il est à vous.

Bâtissez votre vie, et aussi toute votre existence sur les valeurs humaines universelles, sur tout ce qui vous fait avancer dans la lumière de la beauté des choses et de l’amour.

Gilbert Sanslaville 桑吉伯

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