L’Algérie, ce pays à la beauté éblouissante, mon pays

Selma, Casbah d’Alger – 6 avril 2019

C’était un moment inattendu que cette séance photo improvisée dans la Casbah, un moment de grâce. Dans ce qui se révélait à mes yeux, j’ai découvert la force et le courage de la jeunesse algérienne, prête à relever le défi de son destin, dans un pays qui se veut libre et ouvert.

Merci Selma de m’avoir permis de capturer par ce cliché ce qui est toujours mon pays natal, et que vous incarnez très bien.

Tipasa 5 avril 2019

Selma, dérivé de « sèlem » dont la signification en arabe est « paix », et aussi dérivé d’ « Anselm » qui prend le sens de protection divine dans la tradition germanique. Par un matin de printemps, ce prénom était l’incarnation même de la beauté et du mystère de la Casbah. Pour moi qui suis né dans la haute Casbah d’Alger, c’était quelque chose comme un retour aux sources de la vie ; tout comme ma visite à Tipasa qu’a si bien chanté Albert Camus et où je me suis baigné.

Première fois depuis l’exil que je retrouvais en Algérie la mer Méditerranée.

Gilbert Sanslaville 桑吉伯

L’Algérie retrouvée

Abidjan, Cocody, 18 janvier 2020

Journée étrange que ce samedi 18 janvier, 67ème anniversaire de ma naissance.

La dernière fois que j’ai eu mon anniversaire sur cette terre africaine, c’était en Algérie, à Alger précisément, en 1963. La guerre d’Algérie s’était terminée 6 mois plus tôt dans le fracas et la fureur. Des centaines de milliers de pieds-noirs s’étaient rués par avion, par bateau vers la mère patrie qui pouvait être plutôt nommée comme une marâtre, puisque certains français de France auraient bien aimé les abandonner sur leur terre natale. En oubliant que l’Armée d’Afrique, composée des peuples coloniaux de l’Empire et aussi des français d’Algérie, étaient venue en libératrice pour débarquer sur les plages de Provence. Cet accueil à reculons est souvent resté dans notre mémoire, en dépit de notre rage à tout reconstruire sur cette terre de France. Peut-être parce que nous voyons comment notre pays a tant de mal à accueillir les étrangers, à les intégrer.

Journée particulière qui me ramène à l’enfance. Nous habitions alors à Alger, rue Denfert Rochereau, près de la rue Michelet, depuis sans doute l’été 1962. Mes parents ont disparu et nous avons peu parlé de cette période. Mon père était rentré en France pour soigner une primo-infection.

Mon frère et moi souffrions aussi de ce même mal, mais c’était moins grave, nous pouvions donc nous faire soigner à Alger. Seule ma mère avait échappé à la maladie.

Ânes dans la Casbah d’Alger – voyage en Algérie en mars-avril 2019

Ma mère m’a très certainement confectionné un gâteau d’anniversaire, à moins qu’elle ne l’ait acheté à la pâtisserie s’il en restait encore, avec un repas bien savoureux comme elle savait les faire, avec quelques cadeaux, j’imagine des livres. Je raffolais des œuvres de Jules Verne. Il me faisait voyager près des chutes du Zambèze, dans les profondeurs des forêts africaines, auprès de tribus dont le mode de vie me fascinait.

Le temps s’enfuit, il emporte tout, nous laisse à nos souvenirs. Mais tous nos disparus ne sont jamais très loin par l’amour qu’ils nous ont donné. C’est peut-être cela qui me porte, me pousse à voyager, à retrouver ces odeurs, ces saveurs de l’enfance.

J’écris aussi pour que notre histoire singulière sur la terre africaine, en Algérie, ne s’oublie pas complètement, et qu’elle nous accompagne sur le chemin de notre humanité.

Car si l’aspect barbare de la colonisation est très souvent méconnue, en particulier à ses débuts avec les enfumades du Dahra, de Ténès, et dans tant d’autres moments de l’histoire de la guerre de conquête où la France a dépouillé ses habitants au profit essentiel de grands financiers, ce qui nous unit aux Algériens, c’est l’amour de cette terre, la joie d’avoir pu la fouler, d’y avoir vécu, le bonheur d’y être né.

Gilbert Sanslaville 桑吉伯