SUR LES CHEMINS ESCARPES DE LA SOIXANTAINE

Je côtoie désormais les chemins escarpés de la soixantaine, là où le temps se rétrécit immanquablement, mais je reste toujours aussi épris par les voyages, la littérature et la poésie.

Passionné par l’Asie, par la calligraphie japonaise et chinoise, j’ai décidé d’apprendre le chinois mandarin pour mieux voyager et comprendre ces cultures si différentes de la nôtre.

Toujours aussi attaché à l’Algérie, mon pays natal, la terre de mon enfance, j’y ai découvert dès mon plus jeune âge tout ce que ce pays pouvait avoir de commun avec ces cultures asiatiques dans lesquelles je me suis plongé depuis quelques années, que ce soit au Japon, en Chine, à Taïwan ou en Corée du Sud.

J’espère pouvoir, au travers de ce blog, vous faire découvrir et aimer ces cultures si attachantes.

LE VOYAGEUR ET L’ENFANCE

Il faut bien l’appeler ainsi, le voyageur, celui qui quitte le nid douillet, le cocon bien connu et confortable où tout est rassurant, quand il s’élance pour quelque chose qui le met en permanence en déséquilibre, dès ce moment bien précis où il se concentre sur lui-même pour se projeter vers un ailleurs, au-delà de son horizon habituel, pour tenter d’étreindre ce monde qu’il connaît si mal et qu’il voudrait mieux comprendre dans sa complexité, son histoire, sa culture et, par dessus-tout dans sa richesse humaine.

Le voyageur connaît des moments d’intense bonheur lorsqu’il ouvre des portes, des fenêtres sur la vie, sur ces choses inédites dont il ne soupçonnait même pas l’existence ; mais ce sont aussi des moments de solitude, de doute, oui pourquoi partir au bout du monde avec la barrière de la langue où tout devient affreusement compliqué, difficile, avec sa valise à traîner, l’hôtel à réserver pour ne pas être pris de court et, quelques jours plus tard, reprendre la route en laissant à leurs occupations tous ceux et toutes celles qu’il a pu rencontrer.

Oui, pourquoi rechercher la difficulté alors que la simplicité, la routine sont tellement plus faciles à vivre au quotidien pour la majorité des personnes. Tout simplement je pense, parce que le voyage est lié à l’enfance. Quand on est un enfant, on a soif d’apprendre, de découvrir, d’essayer les choses, de démonter pour remonter, de comprendre. Et le voyageur quand il arpente le monde, ré-apprend tout de la condition humaine, de ses espoirs, du désespoir même, de l’espérance que Jean-François Deniau définissait comme la volonté d’espoir. Pour essayer de changer, bien modestement, le cours des choses, la trajectoire du soleil et de la lune…

Oui on peut rêver de vouloir apporter sa petite contribution pour que le monde soit plus humain, et cela passe aussi par la connaissance des autres, de ceux qui sont étrangers, différents de nous, à la couleur de peau si éloignée de la nôtre que certains agitent un chiffon rouge pour nous affoler et nous exciter à les chasser.

Les étrangers, les métèques, les réfugiés sont pour les pourfendeurs vindicatifs et haineux que l’on rencontre encore malheureusement, des gens à chasser, niant en cela leur humanité, notre humanité commune.

Je pense que tous les citoyens du monde devraient voyager, près de chez eux, en Europe, en Afrique, dans les Amériques, en Océanie, en Asie, partout sur cette Terre si fragile afin de repousser les barrières, de faire tomber les murs.

Quand on devient voyageur, que l’on se met en route, c’est d’abord par fidélité à l’enfant que l’on a été et aux rêves qui nous bercés pour faire de nous des femmes et des hommes libres.

Gilbert SANSLAVILLE

Mercredi 19 juillet 2017

L’ART DU VOYAGE

Dimanche 19 mars 2017

 

Appel du grand large, des vastes plaines et horizons lointains ; quitter  l’espace rassurant et familier où l’on a grandi ou vécu pour entreprendre parfois un long, très long périple dans des contrées inconnues, parfois étranges pour nous, si distantes de ce que l’on connaît ; sortir du cocon si douillet des habitudes ; s’exposer, alors que rien ne nous y oblige, à l’aventure, aux découvertes en tout genre et en premier lieu au regard de l’autre, de l’étranger pour lequel nous ne sommes parfois qu’une curiosité avec notre culture et supposée supériorité occidentale dans laquelle nous avons baignée depuis l’enfance. Regardons notre propre histoire et la géographie du globe où la France avec son Empire dominait jusqu’au milieu du XXème siècle une grande partie du monde ; oui, nous dominions en ne cherchant le plus souvent pas à comprendre les peuples que nous étions censés « civiliser » ; ou alors, c’étaient des pays refermés sur eux-mêmes ou qui ne recherchaient pas un contact avec nous que, lentement, nous asphyxions par notre puissance économique, notre hégémonie culturelle, quand ce n’était pas par la force militaire brutale.

Bien sûr, on ne voyage pas toujours dans des territoires éloignés ; il arrive souvent que nos pas nous poussent à arpenter des pays plus proches et facilement accessibles, ou même tout simplement que l’on reste dans nos provinces ou en outre-mer, dans cet hexagone pourtant ouvert sur le monde par ses façades maritimes, tant on peut éprouver de joies à renouer avec ses racines campagnardes.

Mais que recherche-t’on lorsque l’on entreprend ce que l’on appelle un grand voyage ? J’ai essayé de me remémorer mes lectures d’enfance, celles qui m’accompagnaient lorsque mon imagination m’emportait au loin.

Je pense en particulier à l’Afrique Noire, continent qui me fascinait. Je me souviens de ce livre de géographie lorsque j’étais écolier dans une école d’Alger. Une photographie y représentait un groupe de jeunes gens dans un village en pleine brousse et elle me faisait rêver dans le sens où cela m’ouvrait les portes d’un continent inconnu de moi, mystérieux, grandiose ; avec ses grands espaces et ses fleuves indomptés. Terre d’avenir. Pour moi, natif d’Algérie, l’Afrique Noire représentait l’Afrique au sens fort et plein du terme. Nombreux ont été les livres qui m’ont accompagné pendant tous ces après-midi où je profitais de la sieste, temps de repos obligé lors des fortes chaleurs d’été, pour remonter les grands fleuves africains, le fleuve Congo et tant d’autres, pour débarquer sur l’archipel de Zanzibar, rejoindre la corne de l’Afrique, pénétrer la grande ville de Brazzaville, de Tombouctou où ces nouveaux barbares des temps modernes ont détruits récemment des manuscrits anciens du Coran, très souvent protégés quand elles le pouvaient par les populations locales africaines qui ne pouvaient se résoudre à voir disparaître de tels trésors. Je m’embarquais, parmi  mes rêves les plus fous, dans des expéditions lointaines pour atteindre le cœur du continent africain, là où aucun homme blanc n’était jamais parvenu. Jules Verne était mon compagnon d’aventure.

Mais mon imagination d’enfant me propulsait sur d’autres continents, la lointaine et mystérieuse Asie. Et cela, grâce à un de mes copains d’enfance, indochinois ; c’est ainsi que l’on appelait cette partie de l’Asie du Sud-est continentale, l’Indochine. Nous habitions le même immeuble à Oran, Maison Ros, face à une esplanade où régulièrement un cirque venait planter son chapiteau. C’est de cette époque que date mon goût immodéré pour l’Asie et ses pays multiples, le Japon, la Chine, si différents du nôtre, avec en particulier leur écriture qui me semblait être un labyrinthe où l’on pouvait se perdre, sans toujours en trouver la signification, mais qui remontait pour moi aux origines de l’humanité. Ainsi donc, des hommes avaient gardé en héritage, dans leurs manuscrits, leurs traditions et leur mémoire, ces premiers signes tracés par leurs ancêtres pour raconter le monde et ses mystères, le souffle du vent, la forme des arbres, le temps qui passe et nous emporte tous on ne sait où…

Art du voyage, de la découverte de rivages inconnus…quand il nous renvoie à nous-mêmes avec l’alchimie des rencontres, ces délicieuses collisions que connaissent souvent les voyageurs…

Mais le voyage n’est parfois qu’une fuite en avant où chacun glisse sur tous les moments de vie rencontrés sans aller au-delà des apparences, sans les dépasser et aller un peu plus loin que l’écorce des êtres. Pourtant, gratter un petit peu cette écorce révèle parfois de vrais bonheurs…

L’art du voyage, c’est aussi le petit bistrot du coin où tout, absolument tout peut  s’écrire. Oui, l’aventure est parfois au bout de sa rue… Y pense t’on toujours ?

Vagabondage sur la mélodie musicale du temps et la géographie du monde, de son quartier, de sa région ou d’autres régions plus inhabituelles dont il importe de saisir au vol toutes ces petites notes où se cache parfois de véritables découvertes d’une autre vie, de cultures alternatives reléguées dans la marginalité face à la culture dominante du moment. Destinations lointaines, cachées au fond des tribus africaines ou des grandes métropoles modernes, sur les bords du Yangzi Jiang de cette immense Chine ou dans les jardins secs japonais ; mais aussi dans ce beau pays de France, et je pense en particulier à cette côte bretonne, véritable dentelle rocheuse ciselée par les flots où se nichent de si merveilleuses criques.

Plonger dans la vie, la faire sienne. La boire à petites gorgées comme après une longue course en montagne, avec la beauté des sommets conquis à la sueur de son être. Goûter au bonheur de découvrir un petit lac de montagne, écrin enchâssé sur un plateau protégé des vents par une cascade de rochers…

L’art du voyage est aussi un art de vivre, du métissage des cultures, à la rencontre d’autres peuples souvent très différents de nous, mais toujours habités par une humanité commune.

Ce blog se propose de relater mes voyages par des textes, de la poésie et des photos, en Algérie en 2004, au Japon et en Chine en 2015, mais aussi dans des pays plus proches en espérant qu’il sera, modestement, un lieu d’échange et de partage.

Gilbert