ABIDJAN

Voyager.

Sortir d’une vie quotidienne bien rangée, avec ces pavés à l’ancienne qui balisent un chemin bien connu.

Oser partir sur des chemins de traverse, peut-être même, qui sait, non cartographiés.

A notre époque si connectée, nous adorons tous savoir où l’on va. Et nous avons le plus souvent perdu le sens de l’inconnu, du risque. De la joie de découvrir ce que l’on ne connaît pas. Pas encore…

Vivre, c’est oser. Oser là où les autres ne vont pas, où l’on n’a jamais soi-même été, ou si peu. Sortir de son univers feutré, où tout est connu, répertorié.

Arpenter le monde.

Si tu aimes tant voyager, découvrir, t’intéresser aux autres, c’est aussi en raison de l’exil qui t’a frappé quand il a fallu abandonner ton pays natal. Enfant, tu as très tôt, bien trop tôt appris ce qu’était la perte. Le départ. L’exil.

Le voyage, c’est aussi ce qui permet de retourner aux sources intimes de son histoire.

Destination Abidjan, sur un avion d’Air Portugal. Suprême luxe pour moi, boire un verre de vin blanc pendant le voyage ; c’était un vin Porca de Murça.

Et te voici donc en Côte d’Ivoire, dans cette Afrique dont tu rêvais déjà enfant, et que tu découvrais au hasard de tes lectures. Tu as adoré les romans de Jules Verne qui te faisait parcourir la Terre entière, et en particulier « Un Capitaine de quinze ans ». Quel roman !

Tu as posé le pied sur cette terre ivoirienne début janvier de cette année 2020, à un moment où il était difficile d’imaginer qu’une pandémie puisse casser les habitudes de vie de l’ensemble de la planète. Te voici curieux de tout ce qui se rapporte à la culture de ce pays, à son histoire, et avant tout à ses habitants.

Tes premières impressions… Un dépaysement total, un rythme de vie toujours très soutenu à Abidjan, les couleurs, les senteurs, cette végétation luxuriante qui est partout ; les jardiniers le long de certains boulevards, la gentillesse des habitants et l’art de se débrouiller pour faire vivre la famille. Et aussi une grande générosité, une résilience très forte pour survivre.

Jardiniers le long du boulevard François Mitterand, des îlots de fraîcheur

Tu découvres la chaleur parfois suffocante quand souffle l’harmattan, ce vent que l’on rencontre en Afrique de l’Ouest, très chaud dans la journée, plus froid la nuit, très sec. Il provient du Sahara, chargé de sable. La luminosité du ciel devient alors très forte, avec un ciel parfois blanc. Tu as parfois l’impression que le jour se lève ici très rapidement, ce passage de la nuit à la lumière est alors étonnant.

Cette nuit, il est tombé une forte pluie, dense, presque violente. Très différente des pluies qui tombent en Europe. Le ciel était littéralement habité par des éclairs qui déchiraient le ciel. La foudre n’est pas tombée très loin. La maison où tu habites est tout près de la Sodefor – Société de Développement des Forêts – à Abidjan. Sa toiture est constituée de plaques qui semblent être en zinc. Cela crépitait de façon étourdissante.

On se sent alors vraiment très petit devant les forces de la nature. C’était vraiment impressionnant. Surtout lorsque l’on se trouve seul en terre étrangère, loin de ses repères.

Ce matin, la terre était plutôt sèche malgré la quantité très importante d’eau qui est tombée pendant plusieurs heures.

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯