DE LA SENIORITE

Les chemins de la soixantaine sont sans doute parmi les plus ardus et ingrats de la vie, sentiers semés d’embûches et à l’horizon désormais incertain. La ligne de crête qu’ils empruntent côtoie souvent un abîme inquiétant, celui de la vieillesse inéluctable, mais aussi des falaises très escarpées, par où il est difficile de s’échapper .

Chacun s’efforce d’y avancer à son rythme, s’aventurant parfois, au gré de son parcours, sur des pistes étroites qui s’offrent à lui, pour déboucher, qui sait, sur des clairières où les choses de la vie semblent prendre des couleurs inédites…

Entre une jeunesse ardente aux futurs prometteurs, et une vieillesse bien trop souvent tombée, sous le regard des autres, dans un fossé stérile, se situe ce que j’appellerais la « séniorité », en transformant le sens initial de ce joli mot. La séniorité, cet âge ultime pour rester dans le mouvement, la créativité, s’inventer un nouvel avenir, parfois à contre-temps de son propre passé, malgré le temps qui se retrécit bien trop vite. C’est peut-être de l’inconscience que de s’essayer à ouvrir d’autres portes, à un âge où elles se referment sans que l’on n’y puisse grand-chose, à moins tout simplement d’être porté par une résilience qui prend sa source aux racines les plus profondes de son être.

Voyager dans des aventures au long cours, s’éveiller à la beauté de paysages inconnus et de cultures que l’on ne connaît pas vraiment, rencontrer de nouvelles personnes dans un échange fructueux ; ou tout simplement re-découvrir les joies simples de la vie, son quartier, sa ville en renouvellant son regard sur les choses. A chacun sa liberté !

Voilà qui peut ensemencer nos vies d’énergies inattendues et nous donner de la force face à notre propre vieillesse. Avec ce regard attentif, bienveillant, curieux qui pousse sans cesse à apprendre pour, au soir de notre vie, mieux comprendre et aimer ce monde dans lequel nous sommes ce maillon si fragile, et pourtant si essentiel entre les générations qui nous ont précédés et celles qui nous suivront…

† Gilbert Sanslaville

National Museum of Modern and Contemporary Art, Korea29 mai 2018

Abstractions, quand l’aventure commence dans son esprit