ARRIVEE A TAITUNG

Je quitte mon hôtel assez tôt pour être certain de ne pas rater mon train. J’en oublie de prendre mon petit déjeuner. Le temps est à l’orage et je me presse. Heureusement, la station de métro Ximen est à quelques minutes.
Je retrouve mon chemin sans problème, m’achète de quoi tenir jusqu’à l’arrivée à Taitung ; je suis bientôt à la gare où je présente mon ticket. A peine une demi-heure depuis l’hôtel. Après le passage devant un contrôleur, je descend quelques marches pour atteindre les quais agrémentés de jolies affiches comme celle-ci :

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Comme je suis en avance, j’ai le temps d’observer ce ballet incessant de trains qui arrivent, déversent leur flot de passagers, pour en prendre de nouveaux et bientôt repartir. Certains de ces passagers arrivent juste à l’heure et se précipitent dans les voitures avant que les portes ne se referment. Pas question de compter sur un éventuel retard du train pour être sûr de ne pas le rater, la ponctualité est ici un maître mot.

Tous ces trains ont un vécu, ils sont la plupart du temps assez anciens, parfois d’un autre âge mais ils ont gardé un charme un peu désuet, celle d’une époque envolée où le train faisait encore partie de la modernité parmi la plus avancée ; celle-ci se niche désormais dans d’autres outils qui tiennent dans la main, le smartphone qui envahit tout. Ce train, malgré son grand âge, me touche car il me rappelle une époque elle aussi bien révolue quand, à mon arrivée en France, après avoir été à Cannes chez une grand-tante de mon père, nous avions été à Viviers dans l’Ardèche, chez une sœur de ma mère. Ces quelques mois passés en Ardèche aux environs d’avril à juin 1963 ont été parmi les plus heureux de mon enfance.

Curieux chez moi, comme chez tous je pense, un simple événement, une chose toute banale peut renvoyer à un passé lointain, tapi dans les recoins de la pensée, attendant patiemment l’événement déclencheur pour sortir des circonvolutions du cerveau. Peut-être est cela aussi que j’aime dans A la Recherche du Temps Perdu – In Search of Lost Time – de Marcel Proust, cette appartenance qui jamais ne s’efface à ce que l’on a vécu et aimé, à ce que l’on a été à un moment parfois bien précis de sa vie et qui, à l’ombre du présent parfois agité de nos existences, se rappelle à nous, comme une fidélité, une identité que l’on croyait avoir à jamais oubliée.

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Les trains ne se ressemblent pas, mais ils nous transportent avec nos rêves… J’ai goûté leur passage en attendant le mien, observant la ronde des voyageurs qui descendaient et ceux qui montaient, à la recherche de leur compartiment…

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J’essaie de photographier tous ces trains du mieux possible malgré la foule des voyageurs, les quais étroits et le stress qui m’accompagne souvent lorsque, pendant mon voyage, je sors d’un cadre sécurisant. Car maintenant, je vais partir dans le sud-est de l’île, longer l’Océan pacifique et les montagnes, descendre dans un Taïwan que je n’ai pas encore approché, peuplé de nombreux aborigènes, dans une région plus intimiste et tranquille.

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Nous sommes assez peu dans le wagon, et quand nous partons, je suis content d’entreprendre une nouvelle étape de mon voyage.

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Nous quittons les faubourgs de Taïpei, entrons dans la campagne, longeons des paysages de plus en plus montagneux. Le roulement du train m’endort assez vite et lorsque je me réveille, je découvre que nous longeons l’océan ; bientôt nous allons nous engouffrer dans des tunnels souvent très longs ; les montagnes sont là avec leur végétation dense, leurs massifs forestiers même si les arbres ne me semblent pas très hauts. Au fur et à mesure des arrêts, le wagon se vide doucement ; une contrôleuse passe, vérifie les titres de transports ; ce sont parfois des voyageurs qui vont aux toilettes, des enfants qui courent, une vendeuse de produits alimentaires à grignoter ; une employée qui nettoie le wagon près d’une porte de secours où de l’eau extérieure a coulé, car il faut dire que la pluie tombe par intermittence.

Le ciel est maintenant à l’image de la vie, une alternance d’azur bientôt traversée par la course sans fin des nuages, avec une pluie soudaine, violente, qui frappe les vitres du train, brouille le paysage, m’empêche de faire des photos, rafraîchit l’atmosphère et, un peu plus loin, retrouve sa sérénité en me faisant découvrir à nouveau l’océan pacifique et ses plages de sable gris… Quel spectacle, quelle chance inouïe de pouvoir vivre tout cela… Oui, quelle chance de longer cet Océan Pacifique, si calme mais qui pourrait être brusquement si redoutable.

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Au fur et à mesure que j’approche de Taitung, je découvre des champs de rizières qui côtoient souvent des habitations, dans un métissage constitué par des terres bien au sec et d’autres inondées pour assurer la culture du riz. J’aime ce paysage, inconnu pour moi jusqu’à présent, où le ciel et les montagnes se reflètent dans l’eau nourricière…

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C’est presqu’un monde flottant entre ciel et terre, où l’eau devient miroir et nous dévoile les choses sous un angle différent, inhabituel…

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A mon arrivée, J’ai bien envie de prendre un taxi car l’hôtel est un peu excentré par rapport au centre ville. Pourtant, un certain esprit aventureux m’anime parfois et je choisis aujourd’hui de prendre un bus, malgré d’évidentes difficultés pour trouver mon chemin. Après moults explications à la gare, je me dirige vers l’arrêt de bus. Il y a en fait plusieurs compagnies privées et les voyageurs en attente ne peuvent pas me renseigner. Je m’adresse enfin à une dame qui me renvoie à plusieurs jeunes ; ils me précisent en anglais qu’ils prennent le même bus, et qu’ils m’accompagneront à l’hôtel. Je les en remercie, mais au moment de payer mon voyage, je m’aperçois que je n’ai sans doute pas la monnaie suffisante, le chauffeur n’acceptant pas les billets et me pressant afin de vite repartir avec son bus. Fait incroyable, alors que je m’apprête à descendre, l’âme en peine, un des trois jeunes paie à ma place. Après avoir vidé mon porte-monnaie, je rassemble enfin la monnaie suffisante pour rembourser ce jeune. Il refusera à tout prix. C’est cet accueil que je retrouverai tout au long de mon voyage à Taïwan, et aussi au Japon.

Une fois arrivé devant l’hôtel, les trois jeunes s’en repartent et je les remercie avec reconnaissance.

Quand on pense à ce que certains adultes portent comme jugement négatif sur les jeunes, et bien, on se dit qu’ils devraient davantage les rencontrer, en France que ce soit dans nos quartiers ou nos campagnes, dans les associations où ils s’impliquent, ou ailleurs en Europe, ou même ici à Taïwan. Et ils comprendraient que la jeunesse est l’avenir du monde et que nous, adultes, pas la société car il est facile de tout reporter sur les autres, non, nous adultes nous ne leur accordons pas une considération suffisante !

Je trouve porte close. Je frappe à la vitre, personne ne répond. Je m’adresse à quelques personnes qui sont près d’une maison voisine en tentant de leur expliquer en anglais la situation. Pas facile. Quand elles ont compris, l’une d’entre elles s’apprête à téléphoner à l’hôtel dont le numéro est affiché sur la porte. A ce moment précis, le responsable de l’établissement arrive, sans doute alerté par la caméra qui est à l’extérieur et filme tout ce qui se passe.

C’est une petite chambre bien sympathique, avec une cuisine et un salon communs. J’y prend un café et je me mets rapidement en route pour aller visiter le Taitung Art Museum. Sur mon trajet, je fais une rencontre étonnante, un homme haut perché sur un échaffaudage de bambou, en train de peindre une façade d’immeuble, sans casque, non attaché ; moi, qui à trois mètres de hauteur ait déjà le vertige, je me sens brusquement défaillir.

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De loin et de près… Cela me semblait inimaginable de monter si haut, comme cela, que je suis resté un petit moment à observer cet homme.

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J’ai un peu de mal à trouver mon chemin pour arriver au musée. Une jeune femme d’une trentaine d’année avec sa petite fille de 11 mois m’aide spontanément en s’adressant à moi, rentre dans un commissariat de police car elle ne situe pas bien ce musée et me met bientôt dans la bonne direction, en ayant, il faut le préciser, changé son itinéraire pour ne pas me laisser errer, comme une âme en peine. Etonnant pays où les étrangers ne sont pas ignorés quand ils sont en difficulté.

J’arrive enfin à ce musée. Malheureusement, j’ai dépassé l’heure d’ouverture et je trouve porte close. Une famille s’enquiert de ce que je cherche. Elle me renseigne sur les jours d’ouverture.

Je décide alors d’en faire le tour, de prendre quelques clichés car, manifestement, l’architecte a voulu mettre des symboles dans les espaces verts qui l’entourent, telles ces passerelles qui s’apparentent par certains aspects à des ponts, des vaisseaux, comme autant de liens pour rapprocher les hommes entre eux.

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C’est aussi cela la culture, mettre du lien au sein d’une humanité qui, telle la Tour de Babel, se divise chaque jour un peu plus, alors même qu’elle est issue des mêmes racines.
D’ailleurs, tout autour du musée je rencontre quelques familles avec leurs enfants qui déambulent et jouent, font du vélo ; aussi des personnes âgées ou d’autres handicapées sur leur fauteuil roulant et que des proches promènent.

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La vie est autour de ce musée, et j’aime beaucoup cela.

Gilbert
Lundi 31 juillet 2017ssemblent p

JOUR DE RELÂCHE A TAIPEI

Je suis préoccupé aujourd’hui par mon billet de train, puisque mes amis taïwanais me confirment que le typhon s’éloigne de Taïwan et que je vais donc pouvoir me rendre à Taitung sans problème. Me voici donc parti à la Taïpei Main Station que je n’arrive pas à retrouver, la station de la métro et la gare sont en effet étroitement imbriquées, alors que pourtant j’y suis déjà venu deux fois. Je cherche, je me trompe, je sollicite l’aide de passants et, ô miracle, me voici dans le grand hall de la gare où se presse une foule venue pour la même raison que moi.
De nombreux jeunes sont aussi assis sur le sol et discutent, attendant sans doute leur train. La plupart sont sur les grands carreaux noirs du sol, peu sur les carrés blancs, comme me le faisait déjà remarquer mon ami taïwanais. Peut-être pour se fondre dans un anonymat.

J’attends mon tour. Ici les gens sont très disciplinés, pas question de passer devant quelqu’un pour gagner du temps ; ce n’est pas dans les habitudes de la population. Quelle différence avec la France ! Vais-je me refaire à cette mentalité largement répandue chez les français qui veut que l’intérêt personnel passe avant l’intérêt collectif, même quand ce dernier sert finalement chacun, car la discipline fait gagner du temps et pacifie aussi les relations entre les gens.

Après une petite demi-heure, je peux acheter mon billet. Je me suis fait comprendre. Quel progrès, me dis-je.
En fait, j’ai encore du chemin à parcourir pour gagner en autonomie, sans trop dépendre des autres.
Je décide de faire le repérage pour mon trajet du lendemain car mon train est à 8h06. Et je ne veux pas risquer de le rater. J’achète d’abord mon ticket de métro, cela me fera gagner du temps pour demain, ticket qui est en fait une sorte de jeton qui enregistre électroniquement l’entrée et la sortie du métro comme je l’ai déjà précisé dans un de mes textes.
Je retrouve avec soulagement une boutique qui vend des locomotives. J’en achète une pour mon neveu Arthur car je sais qu’il aime beaucoup ça.

Une fois ce travail accompli, je chercher le Musée de la Poste, car le week-end, de nombreux amateurs viennent y échanger ou y vendre des timbres. Déception. Le musée est fermé.

J’ai brusquement faim. Me nourrir restera certainement le point faible de mon voyage au Japon et à Taïwan. Je suis difficile, je l’ai toujours été. Ma mère me le disait souvent mais comme elle connaissait mes goûts, elle cherchait toujours à me faire plaisir. Je décide de me lancer et je rentre dans un restaurant qui m’inspire ; les clients sont attablés pour la plupart autour d’une plaque de cuisson sur laquelle deux cuisiniers travaillent leurs ingrédients et cela me rappelle un restaurant d’Hiroshima.

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Je commande une omelette aux herbes, des pousses de soja et une bière taïwanaise.

C’est une atmosphère tranquille autour de cette table inhabituelle et j’aime ce cadre où l’on se restaure tout en s’intéressant au travail de cuisine, cela me met les papilles en extase.

Après ce repas et quelques courses, je vais faire une sieste car mon corps se fatigue et a besoin de se ressourcer dans le sommeil.

Gilbert
Dimanche 30 juillet 2017

ESCAPADE A JINGUASHI

Un ami taïwanais, avec qui j’ai dîné cette semaine, m’a suggéré de me rendre à Jinguashi, au nord-est de Taïpei puisque le typhon m’oblige à différer de quelques jours mon départ pour Taitung.

En quittant ma chambre, je prends l’ascenseur où se trouve déjà une famille, les parents et leurs deux filles âgées d’environ une trentaine d’années. Le père me les présente. Il me dit qu’il est de Malaisie et s’enquiert de ma nationalité. A la sortie, il me présente sa troisième fille qui porte un bébé dans les bras, c’est son petit fils. J’aime ces moments car quand on a du temps pour soi, on prend le temps aussi de découvrir le monde et les autres.

Grâce aux explications de mon ami taïwanais, je prends le métro à la station Ximen, que je connaîs maintenant sur le bout des doigts, pour Zhongxiao-Fuxing sur la ligne Bannan Line. Une fois arrivé, je cherche une information pour prendre le bus afin d’atteindre Jinguashi. La jeune femme qui me renseigne se déplace pour atteindre avec moi l’arrêt de bus, s’enquiert de la bonne direction auprès d’un employé et, une fois assurée que je suis au bon endroit, repart d’où elle était venue après que je l’en ai remerciée.
Dans ce pays, on se perd rarement car les gens viennent souvent spontanément à vous lorsqu’ils vous voient dans la difficulté.
A son départ, j’assiste à une scène d’une rare violence puisque l’employé s’en prend à un homme dont il pensait qu’il allait passer devant tout le monde. Celui-ci ne se laisse pas faire et entreprend d’en découdre. Stupeur dans l’assistance, nous sommes environ 5 à 6 personnes. Rapidement un autre employé s’interpose et tout se calme de façon presque inattendue.

Après cet incident, une taïwanaise me demande si je suis français. A ma réponse affirmative, elle me précise avec un joli sourire qu’elle a fait ses études à Limoges. Je la complimente pour son français très académique et correct. Je la reverrai à plusieurs reprises lors de ma visite. Quand elle me précise qu’il faut faire l’appoint pour payer le bus et que je lui indique que je n’en ai pas, elle discute en chinois avec une autre passagère et son mari, et cette dernière se propose de me faire la monnaie sur mon billet de 500 dollars. Ce sont des choses que je vivrai souvent pendant mon voyage, des échanges rapides, éphémères inévitablement, mais toujours ancrés dans la réalité du problème rencontré, dans l’accueil.

Le bus arrive, le 1062 précisément, et pour 115 dollars taïwanais, nous emmène dans l’ancienne ville minière de Jinguashi, dont l’histoire est intimement liée à l’occupation de l’armée impériale japonaise. J’essaie toujours d’être très prudent dans l’emploi de mes mots, tant les cicatrices du passé sont encore présentes dans toute l’Asie, que ce soit à Taïwan, au Japon ou en Chine. Mais aussi dans les autres pays de la région. D’ailleurs, lors de mes voyages précédents au Japon et en Chine, j’ai tenu à me rendre dans ces lieux emblématiques où la souffrance humaine a été terrible, que cela soit à Hiroshima au Japon ou à Nanjing en Chine. Personne n’est responsable des événements du passé, surtout de la barbarie humaine la plus abjecte, mais nous sommes tous comptables de la Mémoire qu’il convient d’entretenir pour honorer les victimes et ne jamais oublier ce qui s’est passé, surtout quand elles ne sont plus là pour témoigner.

D’ailleurs, nous Français, sommes nous irréprochables lorsque l’on voit comment s’est déroulée la guerre d’Indochine ?

Le bus nous mène vers Jinguashi et, pour cela nous traversons Taïpei, la campagne environnante et bientôt la montagne où les côtes sont pentues.

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C’est une plongée dans le coeur de Taïwan, loin des clichés de cartes postales. Je constate que la vie n’est pas facile pour tous les taïwanais mais que beaucoup ont le sourire aux lèvres lorsque l’on s’adresse à eux, qu’ils ont le courage au coeur pour avancer, fût-ce dans des petites choses ; mais une existence humaine n’est-elle pas constituée de petits pas pour créer son propre chemin, gravir des pentes escarpées lorsqu’il le faut, tenir bon face à l’adversité, se nourrir de ces riens qui forment pourtant un tout, celui d’un destin, même s’il est obscur et méconnu. C’est le miracle de la vie qui nous pousse toujours en avant, pour ne rien céder, pour ne pas abdiquer.

Une fois arrivé, le temps qui était gris à Taïpei devient orageux, et pendant toute ma visite à Jinguashi, les éclaircies vont alterner avec des pluies violentes qui vont me mettre à mal, moi qui n’ai pas de parapluie. Je le ferai le soir même à mon retour, et la vendeuse m’appliquera une réduction car cet article était en promotion, mais comment aurais-je pu le savoir ; j’ai d’ailleurs toujours constaté une grande élégance de la part des vendeurs lorsque j’ai fait des emplettes pour ramener des choses chez moi, tant au Japon qu’à Taïwan. Jamais on n’a essayé de profiter de mon statut d’étranger pour me faire payer le prix fort ; au contraire même, souvent on m’a offert en plus quelque chose.
J’avais heureusement pris un imperméable, mais pas suffisamment adapté à ces précipitations. Comme le disent les anglais, it rains cats and dogs. J’aime bien aussi l’expression française, il pleut comme vache qui pisse, expression de moins en moins employée dans notre société où la ruralité se retrécit face à l’avancée des villes. Mais je reste attaché à ces expressions qui témoignent de rapports sociaux et humains, psychologiques même.

Je visite le Gold Ecological Park qui est en fait un parc minier, autrefois très important dans l’exploitation de l’or. On peut faire différentes visites à l’intérieur de ce parc, en particulier celle d’une maison japonaise qu’occupait autrefois une famille, sans doute de militaire et, comme au Japon, il faut enlever ses chaussures, les poser sur une étagère, enfiler des chaussons mis à disposition avant de commencer sa visite. C’est assez austère mais confortable.

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J’entreprends également la visite d’un tunnel sur plusieurs centaines de mètres avec ses structures de bois et ses rails où l’eau ruisselle par endroit. Il faut porter un casque pour ne pas se faire mal à la tête, les parois étant relativement étroites et basses, mais avant de le mettre, un employé me tend un carré de papier à poser sur le crâne pour éviter les frottements. Elégance de l’accueil. Les conditions de travail à l’époque étaient très difficiles, pour ne pas dire impitoyables pour les mineurs, notamment australiens et britanniques. Mais je crois aussi que des taïwanais ont été enrôlés comme soldats.

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Le poids du passé se ressent dans ce parc minier. On peut se dire aussi qu’une meilleure connaissance des peuples entre eux est absolument indispensable si l’on ne veut pas que les tragédies du passé ressurgissent. Pour cela, je compte sur la jeunesse qui tient l’avenir du monde entre ses mains ; je souhaite qu’elle soit plus avisée afin que le monde en soit plus juste et plus heureux.

Un peu plus haut sur la colline se situe le temple d’or. C’est un ancien temple shintoïste dont il ne reste que des ruines. Voulant m’y rendre, je gravissais péniblement les escaliers de pierre qui m’y conduisaient quand la pluie est arrivée avec une force inouïe. Je n’ai pu en voir que deux lanternes et une sorte de tori, le tout en pierre. Il m’a fallu rebrousser chemin en redescendant le plus rapidement possible les marches, tout en faisant attention à ne pas me laisser emporter par mon élan. Je n’allais tout de même pas risquer de me briser une jambe, cela aurait été gênant et vexant, tout de même. Je me suis donc abrité à l’entrée du tunnel où se tenaient deux gardiens.

Entre deux éclaircies, je suis parti dans une maison de thé où l’on servait également des repas. Les tables étaient toutes occupées et j’allais m’en repartir dépité quand des étudiants m’ont proposé de m’asseoir à leur table. J’ai accepté et nous avons un peu discuté, pris quelques photos. Ils étaient tout un groupe d’étudiants avec leur professeur, de nationalité coréenne et ceux avec qui j’étais apprenaient le chinois. L’aventure, cela donne aussi de l’appétit et je me suis dévoré un plat de nouilles avec du riz, des légumes et du porc.

Retour en fin d’après midi à Taïpei, mouillé et un peu crotté. Cela ne m’a pas empêché d’aller faire les magasins, tant mon appétit de découverte avait été décuplé par cette journée qui restera dans ma mémoire.

Gilbert
29 juilllet 2017

EN IMMERSION A TAÏPEI…

Me voici donc jusqu’à lundi à Taïpei puisqu’un typhon est annoncé pour samedi sur Taitung. J’ai regardé ce qui s’était passé il y a quelques années dans cette ville cotière installée sur les rivages de l’Océan Pacifique, et l’énormité des vagues qui s’étaient abattues sur le rivage m’a vraiment convaincu que c’était une décision sage que de ne pas aller taquiner les éléments naturels.

Après avoir réservé un hôtel tout proche, je me suis mis en route pour y déposer ma valise car généralement les chambres ne sont disponibles ici qu’à partir de 15 heures. Une fois de plus, les habitants de Taïpei sont très serviables ; un chauffeur de taxi m’a renseigné et, après avoir fait quelques pas, je l’ai entendu accourir pour me montrer où était précisément cet hôtel. Etonnant et plein de bienveillance !

Une fois libéré de cette tâche matérielle, quoi de mieux que de s’enfoncer dans les rues avoisinantes et de partir, affranchi de tout guide touristique, pour y découvrir, à l’aventure, sans idées préconçues, comment est constituée une ville, quelles sont ses caractéristiques profondes, loin de toute représentation que l’on pourrait s’y faire a priori. Il est vrai que les grandes tendances actuelles sont toujours de visiter monuments, musées, lieux branchés et j’y souscrit parfaitement ; et pourtant avec quel étonnement je parcours ces rues qui ne sont dans aucun guide mais qui révèlent parfaitement l’état d’esprit, l’âme d’une ville dans sa vie quotidienne, bien réelle. J’y découvre un Taïpei exotique pour moi qui suis européen, une ville chaleureuse, où l’on y rencontre aussi des personnes simples, parfois très pauvres, dont on se demande pour certains où ils dorment le soir. Et pourtant jamais de gens agressifs. L’architecture y est résolument moderne, avec lorsque l’on rentre plus avant dans certains quartiers, des immeubles très modestes et d’autres dont on voit qu’ils sont comme lancés dans l’aventure du développement de la ville et du pays. La République de Chine s’y construit, lancée dans son devenir et je sens combien les taïwanais sont fiers de leur pays, de son développement dans une Asie où tant de pays veulent avancer dans une modernité qui reste à définir, dans un futur où rien n’est écrit. Oui, ce futur qui se dessine partout dans le monde et dont on voit mal ses contours, y compris dans notre Europe qui me paraît parfois si inquiète pour son avenir, ce qui s’y traduit par cette montée constante d’une extrême droite dont l’unique moteur est la peur des étrangers, la peur de l’autre.

Je ne ressens pas ici cette peur ; sans doute je ne détiens pas toutes les clefs pour comprendre cette société, et mes yeux étonnés et infiniment curieux se délectent de tout ce qui j’y découvre. Au hasard de mon entrée dans un grand magasin, je remarque un restaurant plutôt branché avec une musique et des chanteurs que l’on pourrait trouver en Europe. Je m’y installe, prends de ces crudités que je ne mange pas suffisamment et, entre deux bouchées, je travaille sur mon petit ordinateur qui m’accompagnait déjà lors de mon premier voyage au Japon en mars 2015 pour la fête des cerisiers. C’est certain, je ne voyage pas léger. Et pourquoi devrait-t’on voyager léger alors qu’il y a tant de choses à découvrir, à comprendre, et aussi parfois à ramener chez soi, comme un témoignage des émotions ressenties ; et il y a aussi tous ces mots à débusquer pour qu’ils réussissent à traduire ce que l’on peut éprouver devant la beauté des choses, la nouveauté des situations.
Je ne voyage pas pour rester à la surface des choses, mais au contraire je voyage pour aller au coeur de ce qui me paraît important parce que je dispose, pour ce temps limité, contraint, de la liberté d’aller et de venir comme je l’entends.

Je sens un pays tourné vers l’avenir, une jeunesse avide de découverte, sans trop de tabou je pense, mais avec toujours beaucoup de retenue.

En fin d’après-midi, je m’en vais visiter le temple de Longshan, situé Guangzhou Lu. C’est un temple très connu à Taïpei. Son nom signifie « la montagne des dragons ». Bâti une première fois en 1638, il a été rebâti trois fois, d’abord suite à un tremblement de terre en 1815 où il s’est effondré, puis suite à un typhon en 1867, et enfin victime d’un bombardement par les alliés en 1945, sa restauration s’est achevée en 1957. Il ne reste pas grand chose du premier temple construit. On retrouve de très nombreux dragons, que ce soit sur son toit ou autour de ses piliers.

Pendant que je commence ma visite, la pluie se met à tomber, suffisamment fort pour gâcher un peu la visite. Des gens prient, ils sont recueillis, récitent des textes, s’inclinent, font brûler de l’encens ; certains jettent sur le sol deux petits morceaux de bois qui, si on les réunissaient ensemble, ressembleraient me semble t’il à un cercle, celui du yin et du yang, du moins je le pense. Des offrandes sont déposées. J’essaie de comprendre ce rituel tout en respectant par mon silence ces personnes venues dans ce temple pour se recueillir et prier.

Je ne connais pas vraiment la différence entre se recueillir dans une église et se recueillir dans un temple bouddhiste. Pour cela, il me faudrait mieux comprendre ce qu’est le bouddhisme ; j’en ai une vague idée, mais c’est très insuffisant.

C’était un moment de calme, de sérénité, de paix intérieure. Dans ces moments, je pense toujours à mes parents aujourd’hui disparus. Le voyage permet aussi cela, aller plus en profondeur dans ses racines, surtout quand une situation nous ramène à ce que nous sommes, à ce que notre famille a été et à ce qu’elle a porté dans ses valeurs, son humanité.

Gilbert
28 juillet 2017

NB : j’avais fais une erreur sur l’histoire du temple de Longshan, je viens de rectifier ce qui était erroné.

TAÏWAN entre passé et présent – TAÏWAN between past and present

J’aime ces allers et retours entre passé et présent, comme une respiration sur l’essentiel de la vie, pour ne pas oublier que tout est mouvement, que le passé est aussi ce qui a pu nous structurer dans une fidélité à nos valeurs, à notre histoire, à tout ce qui nous a construit parce que nous sommes des héritiers, les héritiers de nos ancêtres et de la culture de cette foule innombrable qui nous a précédé et sans qui nous ne serions pas là.

Mais nous ne pouvons pas nous figer sur ce passé, aussi estimable qu’il puisse l’être parfois ; nous nous construisons aussi dans le présent, dans ces relations familiales et sociales qui font de nous un être appartenant à l’humanité où tout se transforme dans un perpétuel développement.

C’est pourquoi j’ai décidé d’aller visiter aujourd’hui le Musée National du Palais et que j’ai eu la chance de rencontrer un petit garçon prénommé YoYo en compagnie de sa maman et d’un ami de la famille sachant parfaitement parler anglais, ma connaissance de la langue de Shakespeare étant d’un niveau assez faible.

Pour me rendre au Musée National, il m’a fallu prendre le métro jusqu’à la station Shihlin, puis un bus, le 255. J’ai bien aimé ce combiné métro-bus qui, au début, me semblait hors d’atteinte. Mais non, voyager devient parfois relativement facile à condition de pouvoir s’immerger dans une société humaine afin de s’imprégner de ses règles de fonctionnement. Et pour cela, il faut que la société dans laquelle on se trouve soit bienveillante envers nous, pour nous accueillir, ce que j’ai constaté ici.

Ce musée renferme plusieurs milliers d’années de civilisation chinoise, en particulier dans le domaine de la calligraphie avec l’enseignement de Confucius, aussi dans le mobilier, les objets de culte, la poterie, la porcelaine. Je trouve assez émouvant d’avoir le privilège de regarder tous ces objets qui ont été portés, aimés par des êtres de chair et de sang, qui sont le témoignage vivant de millions d’hommes, de femmes et d’enfants aujourd’hui disparus. Et nous, saurons nous laisser à tous nos descendants des objets de nos existences qui auront une durée de vie aussi longue que celle que j’observe dans ce musée où beaucoup de monde se presse.

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J’ai été me restaurer après la visite dans ce qui pourrait être à la fois une maison de thé et un café. A l’entrée, une personne qui fait la régulation des entrées et me demande, comme je suis seul, si j’accepte de partager une table avec d’autres personnes. J’acquiesce, bien évidemment. Il faut choisir sur une carte ce que l’on désire consommer, puis aller payer à la caisse, donner son numéro de table, la 18 pour moi, et attendre que l’on nous serve ; c’est en fait une dame et son fils qui sont à la même table que la mienne et qui m’expliquent tout cela en anglais. Elle est professeur de biologie, lui est élève en lycée et veut devenir un « docteur » comme son oncle, comme il me le précise avec conviction. Les voyages permettent aussi ces échanges, souvent parcellaires et fugitifs, éphémères même, mais sur le moment ils rompent l’isolement et donnent matière à s’ancrer dans la réalité d’un pays.

Retour à Taïpei pour me préparer à rencontrer YoYo, sa maman Lin Pi Ling et un ami de son frère, Hu Chun An. Nous allons dîner dans un restaurant près de mon hôtel, au numéro 91 de Kunming Street, quartier de Wanhua et que je recommande. Pour ma part, je commande une soupe aux pâtes, avec légumes coupés tranchés. Moment un peu étrange que cette rencontre de personnes que je n’ai vues que sur internet pour YoYo et sa maman, et jamais vu pour l’ami de son frère.
Je reconnais tout de suite la vivacité de YoYo, son intelligence curieuse de tout ce qui se passe autour de lui, son calme réfléchi aussi. Mon anglais est vraiment peu avancé, j’ai encore beaucoup de progrès à faire. Nous nous présentons mutuellement, parlons de la vie à Taïwan, de l’éducation des enfants, du travail et de beaucoup de sujets, et bien sûr de YoYo tant cet enfant m’a ému lorsque je l’ai vu pour la première fois sur la page d’un réseau social où sa maman poste régulièrement photos, vidéos et commentaires. C’est une soirée très agréable, et j’étais heureux de faire la connaissance de ce petit garçon, aussi de pouvoir le prendre sur moi quand sa maman a proposé de nous prendre en photo.

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Nous avons poursuivi la soirée en changeant d’établissement et j’ai pu découvrir un dessert aux graines de lotus. C’est absolument délicieux.

Sur les conseils de Hu Chun An, j’ai modifié mon programme de voyage en le reportant à plus tard pour ce qui concerne la visite de Taitung en raison de l’arrivée prochaine d’un cyclone, phénomène assez effrayant pour ceux qui l’on vécu. Je l’ai remercié pour ses traductions en anglais, aussi pour l’aide qu’il m’a apportée afin d’annuler la réservation de ma chambre d’hôtel et d’obtenir le remboursement de mon billet de train, sans oublier ses commentaires sur des bâtiments construits par les japonais lorsque Taïwan était sous la domination impériale du Japon. Heureusement, les relations se sont pacifiées entre tous ces Etats.

Gilbert
27 juillet 2017

TAIPEI – TOUR 101

Escapade futuriste ce matin avec la visite de la TOUR 101, très impressionnante lorsque l’on considère qu’elle se dresse à l’assaut du ciel du haut de ses 509 mètres et de ses 101 étages. Elle a été pendant quelques années le plus haut gratte-ciel du monde, précisément de 2004 à 2010 avant d’être détrônée par sa concurrente de Dubaï ; les avancées technologiques ne connaissant plus de limite, cette course aux records me laisse complètement indifférent.

Je préfère admirer la beauté, l’esthétique de cette tour qui reprend des éléments de l’art chinois, en particulier des têtes de dragon à chaque étage et aux quatre coins ; ils semblent être les gardiens protecteurs des lieux, à la fois contre les tremblements de terre au-delà de 7 sur l’échelle de Richter, et contre les typhons puisqu’une boule d’acier de 800 tonnes est placée au 88ème étage afin de limiter les mouvements latéraux si le vent y devenait excessivement fort.

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Je commence ma visite par le centre commercial qui lui est attenant, et dont la structure, la hauteur et les tapis roulants qui semblent vouloir monter sans fin ne peuvent laisser indifférent. Les magasins de luxe y sont partout, dans un décorum fait de bon goût et où de belles orchidées s’épanouissent dans une opulence fort agréable, ma foi.

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Je me rends ensuite dans la TOUR 101 proprement dite, j’y achète mon billet, 600 dollars taïwanais, soit environ 17 euros ; après le passage sous un portique de sécurité, chaque personne doit se faire photographier, ce qui laisse la possibilité pour chacun d’acheter un cliché afin d’immortaliser cette montée au ciel. Business is business. Très peu pour moi. La montrée est très rapide, et du haut de la tour, je peux découvrir dans toute sa splendeur et aussi son évolution, la ville de Taïpei. On voit qu’elle ne cesse de s’étendre et de grignoter les collines environnantes. On peut se demander où s’arrêtera l’homme dans sa course au gigantisme et dans l’envahissement constant des espaces naturels ; que restera t’il bientôt de la vie dite sauvage ?

Le spectacle y est impressionnant et cela me rappelle la Tokyo Skytree que j’avais également visitée lors de mon séjour au Japon.

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Une famille taïwanaise m’aborde, la mère de famille tient absolument à ce que ses filles parlent en anglais avec moi, ce que nous faisons pendant une petit quart d’heure et tout se termine comme souvent par des photos.

Cette journée était vraiment celle de la TOUR 101 que j’aurai l’occasion de revoir, mais cette fois-ci en pleine nuit avec mes amis Tristan et Esther. La nuit tombée, nous montons sur une colline appelée la Montagne de l’Eléphant ; nous ne sommes pas seuls, il y a beaucoup de monde ; les escaliers sont raides, cela grimpe et plusieurs fois je rate une marche. Avec bienveillance, Tristan me propose de porter mon sac à dos dont je me demande pourquoi je l’ai emporté. J’accepte avec soulagement, d’autant plus que l’atmosphère est presque étouffante, il fait vraiment très chaud et je bois de l’eau à n’en plus finir.

La Tour est vraiment très belle, elle resplendit dans l’écrin de la nuit. Arrivés à la fin de notre ascension, c’est le temps des photos. Nous rencontrons un couple de français et leurs deux enfants, la mère d’origine asiatique et nous prenons le temps d’un échange.

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Nous nous quittons avec Tristan et Esther dans une station de métro après cette escapade nocturne, avec encore des photos pour inscrire dans la mémoire ces quelques jours passés ensemble. Il est toujours émouvant pour moi de quitter des amis sur un quai, sans doute en réminiscence à mon enfance, lorsque par un petit matin de mars 1963, j’ai dû abandonner, après des années de guerre, de fureur et de larmes, mon Algérie natale.

Rentré, à mon hôtel, je me couche, la tête dans les étoiles…

Gilbert
26 juillet 2017

TAÏPEI en juillet, sur un étang de lotus…

Etang de lotus au fond d’une clairière, comme un jardin suspendu entre terre et ciel où le souffle du vent glisse, rebondit pour mieux se perdre et, peut-être, sait-on jamais, se trouver enfin, à l’image de nos pas qui cherchent tant et tant tout au long de leur vie à débusquer, enfin, leur chemin…

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Taïpei, Lac de lotus vu de la maison de thé, le Ho Feng Lounge au Musée National d’Histoire.

Etang de lotus
entre ciel et terre
où glisse le vent

Quand il rebondit
pour, dans une fleur se perdre
enfin, à jamais…

Noces d’été,
frissons sur la clairière,
nature en fête.

Juillet à Taïpei,
pas insouciants, l’esprit
en balade heureuse…

Gilbert
25 juiller 2017

PREMIERS PAS A TAÏPEI…

Ce matin, il m’a fallu quelques efforts pour me lever, non pas que je voulusse rester au lit pour y paresser, mais j’avais la fatigue de la journée précédente et mes premières émotions sur mon arrivée à Taïpei. Après avoir pris une bonne douche et préparé mon sac à dos, me voilà parti à la recherche de la station de métro la plus proche, Ximen. Ma connaissance très insuffisante de la langue chinoise me permet toutefois d’identifier certains caractères, y compris des caractères non simplifiés, puisque Taïwan n’a pas intégré la réforme des caractères entreprise par la Chine continentale.

J’ai décidé d’aller visiter ce matin le Mémorial National Tchang Kai-chek. Pour cela il faut prendre le métro, mais depuis mon arrivée d’hier à Taïpei au départ de l’aéroport, fort de mon expérience acquise en Chine continentale et au Japon, j’ai appris à mieux comprendre la philosophie des transports dans ces pays. Tout d’abord, je suis à nouveau stupéfait et admiratif de la propreté exemplaire des transports en commun, notamment du train et du métro, que ce soit en Chine, au Japon ou à Taïpei. Rien à voir avec ce qui se passe en France. Ici, tout est propre, nickel, sans papier au sol et sans tag, que ce soit dans les stations de métro, les couloirs ou le métro lui-même. Tout est de qualité, neuf, très bien entretenu. Les escaliers roulants fonctionnent et j’y ai toujours vu des ascenseurs en état de marche. Il y a des personnels aux bornes d’accès, sans qu’il soit nécessaire de les voir se retrancher derrière des vitres de protection comme en France et sur les quais, on trouve toujours des agents qui renseignent et font partir les trains en s’assurant que tout se passe bien en matière de sécurité. La présence humaine y est très rassurante. Pas de personnes non plus qui font la manche et haranguent les voyageurs en poussant la chansonnette. Pour payer son trajet, il faut identifier sur un tableau la station où l’on veut se rendre, le prix y est indiqué ; ensuite il faut activer sur un tableau interactif qui propose plusieurs prix celui qui correspond à son trajet, on y met la monnaie correspondante et si besoin l’appareil rend le trop versé, et au bout de quelques secondes on récupère un jeton de couleur. Ce jeton permet d’enregistrer son passage sur une borne d’accès en le posant sur un lecteur et, lorsque l’on veut sortir du métro, il faut le glisser dans la fente d’une borne qui ouvre alors une petite porte d’environ cinquante centimètres de hauteur, au niveau de la taille, et hop, me voici bientôt à l’air libre pour commencer ma visite. En cas d’abonnement, la procédure est un peu différente.

La connaissance d’un pays étranger commence aussi par celle de son histoire, et Taïwan ne déroge pas à la règle. Le Mémorial National Tchang Kai-chek rend hommage à son dirigeant qui a gouverné l’île de Taïwan pendant près de trente années. C’est un bâtiment très imposant en marbre blanc à l’intérieur duquel je découvre une statue de bronze le représentant, avec un sourire assez paternaliste. L’architecture emprunte à celle de la Cité interdite de Beijing pour la conception octogonale du toit.

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J’ai pu assister à midi précise à la relève de la garde composée de deux militaires. Cette cérémonie était assez impressionnante, tant par son côté martial, que par les mouvements des jambes, des bras qui voulaient montrer aussi que si l’armée se voulait offensive, elle pouvait aller jusqu’au sacrifice final. Il y avait beaucoup de monde, en particulier des gens assez âgés, des enfants et aussi, bien sûr, d’inévitables touristes.

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Aujourd’hui, il a fait très chaud, une chaleur très éprouvante, lourde et moi qui n’avait pas de chapeau pour me protéger, j’en ai quelque peu souffert, même si ce soir je suis plutôt en bonne forme. Après cette relève assez impressionnante, je suis allé manger sous des arbres tout proches en compagnie de petits écureuils pas farouches du tout, dont l’un est allé jusqu’à grimper sur le banc où je m’étais assis. C’est parfois beau la vie…

Devant le Mémorial s’étale une grande place avec, de chaque côté, le National Theater et le National Concert Hall, deux grands et magnifiques bâtiments.

Je ne voulais pas en rester là, et j’ai donc continué à cheminer jusqu’au Musée National d’Histoire en croisant une dame d’un certain âge qui m’a renseigné et a eu la bonté de m’abriter de son ombrelle jusqu’à l’entrée. J’ai parcouru les salles d’exposition en passant beaucoup de temps devant les magnifiques robes qui s’offraient aux regards des visiteurs.

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Je me suis aussi intéressé à tout ce qui avait trait aux premières populations indigènes qui ont d’ailleurs été victimes de ce que l’on appelle ici l’incident du 28 février 1947. On estime qu’entre 18 000 et 28 000 personnes taïwanaises de souche y ont été tuées par le pouvoir en place, à savoir sous l’autorité du Président Tchang Kai-chek qui en avait donné l’ordre, prétextant un fait divers et préférant utiliser la force pour résoudre les problèmes qu’il rencontrait avec les Taïwanais de souche, aborigènes et populations chinoises immigrées avant le XIXème siècle. Cela a été reconnu officiellement par le gouvernement de Taïwan.
Au cours de ma visite, j’ai été abordé par une jeune étudiante qui faisait une étude sur les visiteurs. Et c’est dans mon anglais laborieux et très passable que je me suis prêté à cet exercice.

J’ai terminé mon après-midi au salon de thé du dernier étage du musée, avec en contrebas un étang habité par une forêt de lotus dont les fleurs resplendissaient…

Un peu plus tard en début de soirée, un ami d’une étudiante taïwanaise qui me donne des cours de chinois est venu me chercher à mon hôtel pour aller dîner avec son amie dans un restaurant à la très bonne réputation où j’ai pu me délecter d’excellents plats, mais où aussi, nous avons pu échanger en anglais et en français, sur la vie à Taïpei et dans l’île, sur les voyages, les ways of life si différents d’un continent à l’autre, voire même d’un pays à l’autre. Ce fut une très belle soirée, chaleureuse où la réputation d’accueil des taïwanais s’est montrée une nouvelle fois sous son plus beau jour. Quand on est étranger dans un pays, on ne peut qu’être sensible à un tel accueil, et je les en remercie profondément.

Gilbert
25 juillet 2017

TAÏWAN, République de Chine, un nouveau visage de l’Asie

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Après mon petit périple au Japon d’une quinzaine de jours, mon second voyage dans ce pays dont je rêvais depuis l’adolescence et qui me fascine toujours autant, j’ai souhaité mieux comprendre comment s’articulaient tous ces pays que l’on qualifie d’asiatiques. Pour cela, quoi de mieux que de continuer à se déplacer dans d’autres pays, et en particulier à Taïwan dont le nom officiel est la République de Chine.

Voyager, c’est laisser beaucoup de soi quelque part pour mieux s’ouvrir à des cultures que je ne qualifierai pas d’étrangères, mais de différentes. Pendant mon voyage au Japon, j’ai parfois ressenti une certaine forme de solitude, tant l’écart entre ce que l’on connaît et ce que l’on ignore peut parfois être important. Et là, on se sent brusquement vulnérable, sans repère, parfois même insignifiant car on peut avoir l’impression de ne plus rien comprendre au monde, d’être à ses marges, loin de tout ; c’est un état de solitude qui gagne alors et peut menacer de nous envahir, de déborder pour nous emporter dans un déséquilibre où finalement la tentation serait très grande de rentrer à la maison.

Mais non, tel un voyageur qui croit en la vertu des voyages, non pas d’agrément mais d’immersion dans une culture autre, je suis parti en fin de matinée de mon hôtel d’Osaka pour prendre le métro afin de me rendre à l’aéroport Kansaï international. Plongée dans cette ville à la vie toujours en mouvement, croisement de gens inconnus embarqués dans leur vie professionnelle, étudiante ou scolaire, familiale, et moi, avec ma valise, mon sac à dos, l’appareil photo en bandoulière, l’œil attentif, parfois gourmand pour saisir une étincelle de vérité dans ces paysages humains toujours renouvelés entre deux stations… Que dire du métro d’Osaka, mais qu’il est d’une propreté exemplaire, très confortable, à l’image de l’archipel où le respect des autres est le gage d’une vie en commun harmonieuse, ou à tout le moins apaisée. Pendant tout mon séjour au Japon, je n’ai jamais vu une tentative de frauder pour ne pas payer ; le regard social paralyserait je pense toute personne qui essaierait de vivre au crochet de la société en ne payant pas son titre de transport. Comme la France m’a alors semblé très en retard sur ce respect des règles communes élémentaires. Quand aux tags, je n’en ai pas vu un seul, mais vraiment pas un seul.

Le vol s’est très bien passé, à vrai dire j’ai dormi une partie des trois heures et quelques du temps de parcours mais j’ai quand même trouvé le temps de goûter à mon premier repas taïwanais que j’ai accompagné, je l’avoue, d’un verre de vin blanc, cépage chardonnay. Il fait bon tout de même être français de temps à autre… Je crois d’ailleurs que j’étais le seul européen à bord du vol.

La suite, le métro pour rejoindre le centre ville de Taïpei, métro aussi exemplaire que le métro japonais, un taxi pour atteindre l’hôtel, l’inévitable wi-fi afin de me mettre en réseau avec la famille les amis, et ma première plongée dans la vie taïwanaise, un repas pris sur le pouce comme cela se fait souvent ici où les agents achètent une petite barquette de poulet, de riz ou autre et qu’ils ramènent chez eux ou qu’ils mangent en marchant.

Dernier acte de la journée, ces quelques lignes pour fixer dans ma mémoire tout ce que j’ai vécu aujourd’hui. J’oubliais quelque chose. Après ma sortie nocturne dans les rues de la capitale, j’ai eu beaucoup de mal à retrouver mon hôtel. Je me suis adressé une première fois à un policier qui portait sur la poitrine une petite caméra, cela peut éviter tout malentendu en cas d’incompréhension de part et d’autre. Il m’a aimablement renseigné, mais mon anglais étant encore à améliorer, je me suis adressé un peu plus tard à une jeune couple car je me perdais de nouveau dans ces rues pourvues de petits commerces qui finissent par se ressembler tous, surtout pour un occidental. Après que ce couple m’ait donné les indications nécessaires, moi ayant fait quelques dizaines de mètres, j’ai entendu la jeune femme qui s’était mis à courir pour me rattraper et me disait, toujours en anglais, qu’il y avait erreur et qu’il fallait que je revienne sur me pas, me montrant la direction à suivre. Je les remerciais avec effusion et je m’en fus rentrer dans mon hôtel.

Gilbert,
Lundi 24 juillet 2017