L’Algérie, ce pays à la beauté éblouissante, mon pays

Selma, Casbah d’Alger – 6 avril 2019

C’était un moment inattendu que cette séance photo improvisée dans la Casbah, un moment de grâce. Dans ce qui se révélait à mes yeux, j’ai découvert la force et le courage de la jeunesse algérienne, prête à relever le défi de son destin, dans un pays qui se veut libre et ouvert.

Merci Selma de m’avoir permis de capturer par ce cliché ce qui est toujours mon pays natal, et que vous incarnez très bien.

Tipasa 5 avril 2019

Selma, dérivé de « sèlem » dont la signification en arabe est « paix », et aussi dérivé d’ « Anselm » qui prend le sens de protection divine dans la tradition germanique. Par un matin de printemps, ce prénom était l’incarnation même de la beauté et du mystère de la Casbah. Pour moi qui suis né dans la haute Casbah d’Alger, c’était quelque chose comme un retour aux sources de la vie ; tout comme ma visite à Tipasa qu’a si bien chanté Albert Camus et où je me suis baigné.

Première fois depuis l’exil que je retrouvais en Algérie la mer Méditerranée.

Gilbert Sanslaville 桑吉伯

Abidjan, la vie au quotidien…

Je ne me lasse pas des rues d’Abidjan. Elles sont étonnantes, pleines de vitalité, toujours prêtes à relever les défis de la vie quotidienne, pas toujours très facile pour ses habitants.

On y rencontre sur le bord des routes des petits métiers, des vendeurs de berlingots d’eau, de bananes, de fruits exotiques, de vaisselle, d’une foultitude de petits objets de la vie quotidienne. Les femmes portent très souvent les marchandises sur une sorte de petit coussin bien ancré sur leur tête. C’est assez impressionnant de les voir ainsi avec une bouteille de gaz haut perché, sans qu’elles semblent en souffrir.

Le monde occidental est d’une candeur assez épouvantable et se gargarise, la France en particulier, de lutter contre le réchauffement climatique, la pollution, les accidents de la circulation. Et pourtant, il exporte ici les voitures automobiles dont il ne veut plus chez lui, des modèles anciens, cabossés, hors d’âge, qui polluent et qu’il doit certainement revendre bien cher. Il n’y a pas de petits profits pour les grands carnassiers.

Dans une économie de survie pour de nombreux habitants, là où les transports publics sont soit inexistants, soit trop peu nombreux, être chauffeur de taxi permet certainement de surnager pour ne pas couler. On trouve ainsi les taxis rouges individuels, et les taxis jaunes collectifs. Je prends essentiellement les jaunes, ils sont moins chers et permettent de partager un parcours avec les gens du pays.

Le voyage, c’est aussi sortir des sentiers balisés, partir à la rencontre des autres.

Et puis, au hasard de ces moments où on ne reste pas dans l’entre-soi mais, au contraire où on cherche à comprendre, et qui sait, à aimer le pays qui nous accueille, on apprend des mots, des expressions inconnues chez nous. Une langue parfois savoureuse qui fabrique aussi la langue française. Car celle-ci n’est pas l’apanage des seuls français, c’est devenu une langue universelle. Et la Côte d’Ivoire, dont la langue française est la langue officielle, est un pays qui enrichit de par ses expressions et ses mots notre langue.

Akwaba veut dire bienvenue. C’est un mot que l’on rencontre souvent, que j’ai entendu à mon arrivée.

Avez vous un jeton ? C’est à dire avez-vous de la monnaie. Il est parfois difficile de trouver ici de la petite monnaie quand on casse un billet et quand on prend un taxi. C’est une question qu’on rencontre fréquemment. Aussi, j’essaie toujours d’avoir des jetons sur moi pour faire mes courses ou pour prendre un taxi.

Samedi dernier, j’ai appris une belle expression : faire le rang. C’est à dire faire la queue. En Algérie, pays de mon enfance, on disait faire la chaîne ; j’ai retrouvé cette expression dans le livre d’Albert Camus, « Le Premier Homme ».

En Algérie, on utilisait aussi une expression originale pour demander à une caissière si elle avait une poche, un petit sac afin d’y mettre ses provisions : avez vous une bourse ? Je vous laisse imaginer la réaction de la française de France à qui on demande si elle a des bourses. Et c’était une expression que l’on utilisait à Alger et dans toute l’Algérie.

Mais revenons à la Côte d’Ivoire, ne nous laissons pas distraire par ces réminiscences du passé.

Yako, veut dire désolé pour vous, rétablissez-vous bien. C’est un mot qui exprime la compassion.

J’entends tous les jours l’expression, ça va bien chez vous ? Parce que si l’on veut savoir si tout va bien chez quelqu’un, il faut aussi s’enquérir de tout ce qui entoure la personne que l’on salue, et au premier chef, sa famille.

Samedi, j’ai acheté à la gare routière d’Adjamé, quartier d’Abidjan, un ticket de bus. Je donne mon billet de la main gauche et là, je remarque le visage courroucé de l’employé. On m’a expliqué qu’ici, on utilise la main droite, main apparemment plus bénéfique que la gauche.

Les voyages, c’est le sel de la vie, ce qui peut nous rapprocher des autres et de leur humanité.

Mes voyages, c’est ce qui me permet de rester dans le mouvement, dans le rapport avec les autres. Et si lors de mes nombreux et lointains voyages, je ressens souvent le poids d’une certaine solitude, c’est le prix à payer pour découvrir la réalité intrinsèque du monde.

Gilbert Sanslaville 桑吉伯