RETOUR EN ALGERIE – BACK TO ALGERIA

Alger, 31 mars 2019 – Algiers, march 31st 2019

Retour en Algérie, sur la terre de mes ancêtres où j’ai vu le jour voilà déjà si longtemps…

J’ai choisi de faire cette traversée par bateau, sur la compagnie Algérie Ferries en compagnie d’un de mes fils, Antoine, et d’Edouard, un ami né également en Algérie. Le voyage est prévu du dimanche 31 mars au vendredi 12 avril. A bord, nous retrouvons un ami de mon fils, Abdel, qui se rend aussi en Algérie.

Nous sommes partis de Marseille vers midi, sous un ciel bleu et froid.

Back to Algeria, on the land of my ancestors where I was born a so long time ago …

I choosed to make the crossing by boat, on the company Algeria Ferries with one of my sons, Antoine, and a friend, Edouard, also born in Algeria. The trip is scheduled from Sunday, March 31st to Friday, April 12. On the boat we find a friend of my son, Abdel, who also makes this trip.

We left Marseille towards noon, under a blue and cold sky.

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Vers minuit, le navire est passé entre les îles Baléares de Majorque et Minorque, sans que je puisse observer, caché par la côte, le port de Port Mahon d’où certains de mes ancêtres sont partis bien avant les années 1858. Sans le vouloir, je prends la route de leur exil, comme pour remonter le temps afin de mieux comprendre ce qu’a pu être leur vie.

Mais je veux aussi tout savoir de cette Algérie qui s’éveille depuis quelques semaines à un vent de liberté.

Le commandant nous a permis pendant la traversée d’entrer dans le poste de pilotage. Magnifique paysage où je peux observer la puissance du navire, la beauté de la mer. J’imagine aussi ce qu’a pu représenter ce voyage pour mes ancêtres, partagés entre la douleur de leur exil et l’espérance d’une vie nouvelle. Car tout au long du dix-neuvième siècle, de nombreux habitants de l’île de Minorque, appelés aussi Minorquins ou Mahonnais ont été chassés de leur pays par la misère.

Au petit matin, Alger s’offre à nous dans toute sa beauté resplendissante, avec un vent frais et des nuages qui obscurcissent ce paysage saisissant de beauté. J’aime profondément ma ville natale.

Around midnight, the ship passed between the Balearic Islands of Mallorca and Menorca, without me being able to observe, hidden by the coast, the port of Port Mahon from where some of my ancestors left well before 1858.

But I also want to know everything about Algeria, which has been awakening for a few weeks to a wind of freedom.

The captain allowed us during the crossing to enter the cockpit. Beautiful landscape where I can observe the power of the ship, the beauty of the sea. I also imagine what could represent this trip for my ancestors, shared between the pain of their exile and the hope of a new life . For throughout the nineteenth century, many inhabitants of the island of Menorca, also called Minorquins or Mahonnais were driven out of their country by misery.

In the early morning, Algiers offers itself to us in all its resplendent splendor, with a fresh wind and clouds which darken this striking landscape of beauty. I deeply love this city.

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Gilbert Sanslaville

ORAN 1956-1960 ou UNE CERTAINE IDEE DU BONHEUR en ALGERIE…

Le voyage, c’est aussi remonter le cours du temps en quittant un rivage devenu familier où l’on s’était établi au fil des années, pour enfin retrouver des souvenirs enfuis, enkystés, une mémoire qui parfois se délite comme une côte rocheuse sous les coups de butoir d’un océan déchaîné, à l’image des choses de la vie pas toujours bienveillante…

Voyager dans le temps pour se réinstaller dans une identité perdue, une histoire familiale oubliée ou rejetée, sur un territoire devenu étranger pour interpeller les figures de ses ancêtres sans qui nous ne serions pas là ; c’est convoquer tous ces êtres emportés dans la spirale des siècles et des années, se réapproprier ce qui constitue la chaîne des générations, ces sédiments de vie qui font partie de nous, parfois à notre insu d’ailleurs, parce que nous perdons très souvent la mémoire de nos pères et de nos mères, afin aussi de mieux transmettre à tous ceux qui sont en train de nous succéder ce qui constitue la force de ce rameau humain auquel nous appartenons depuis la nuit des temps, comme une énergie qui ne s’est jamais éteinte…

Ce blog, je le dédie à ma famille, à mes parents, à ma terre natale l’Algérie, le pays le plus cher à mon coeur, car c’est là que j’y ai vu le jour.

Et avant de vous parler de la guerre d’Algérie qui m’a marqué profondément, je voudrais évoquer ma vie à Oran, que je situe de mémoire entre 1956 et 1960.

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C’était un immeuble dont l’adresse était symbolique de la colonisation en Algérie- Maison ou villa Ros, je ne sais plus – boulevard du corps expéditionnaire, à Oran.

Un immeuble de quelques étages, avec sur le toit une terrasse où le linge était étendu sur des fils pour sécher grâce au vent puissant qui soufflait. Tu aimais y accompagner ta mère pour l’aider et aussi pour poser tes yeux émerveillés sur le ciel si bleu d’Afrique.

Cet immeuble, c’était d’abord quelque chose qui s’apparentait à une grande famille avec les voisins aux origines multiples, français bien sûr mais aussi espagnols et indochinois.

Français mais métissés par leurs ancêtres mahonnais ou andalous. Votre voisin de palier avait fait la guerre d’Espagne et s’était exilé en Algérie, y trouvant une douceur de vivre qui n’allait pas durer.
Et puis il y avait ton copain d’enfance, Thierry dont le père français avait fait la guerre du Vietnam et qui s’était marié avec une indochinoise. La famille venait de l’ancienne colonie française d’Indochine. Elle était sans doute originaire du Vietnam.

Tout ce petit monde s’était retrouvé au hasard des pérégrinations de la vie dans cet immeuble dont l’adresse rappelait que nous étions dans un pays de conquête, construit dans le bruit et la fureur, la guerre coloniale avec toutes ses injustices, mais aussi ouvert sur la vie et les autres au-delà de leurs différences. D’ailleurs, ta mère employait une dame algérienne qui s’occupait de la maison et dont tu gardes en mémoire plus de cinquante années après ton départ d’Oran son prénom, Jera – mais tu n’es pas certain de l’orthographe. En tout cas tu te souviens très bien que le « J » de son prénom se prononçait comme la jota en espagnole, dans un raclement de la voix. Elle faisait partie de la famille et tu ne l’as pas oubliée.

Tout près se situait un jardin où tu allais t’amuser avec ta mère et ton petit frère pour essayer d’attraper les papillons et jouer à la balle. Tu as encore des photos de toi quelque part dans des cartons oubliés et fanés par le temps, avec une casquette posée sur la tête pour te protéger des rayons ardents du soleil, caché parmi les papyrus, avec la joie dans les yeux de vivre sur cette terre à laquelle tu avais fini par t’identifier.

C’est de cette époque que date ton attrait pour l’Afrique noire, ce monde mystérieux et inconnu que tu découvrirais bientôt à travers l’œuvre de Jules Verne, avec notamment son roman « Un capitaine de quinze ans ». Combien de fois ne t’es-tu pas embarqué dans tes rêves éveillés sur le Zambèze pour découvrir un monde brut, protégé de l’incursion des hommes, dans une nature généreuse et primitive, comme un matin du monde où tout devenait possible au côté de ces tribus africaines.

Et puis tu as découvert cette passion pour l’Asie au contact de tes voisins indochinois avec leur sensibilité toute fine sur les choses de la vie, ce goût d’une esthétique dans laquelle tu t’es très vite retrouvé. Et qui t’habite plus que jamais.

Villa Ros, c’était une petite société multiculturelle où chacun avait à cœur de partager, de se frayer un chemin dans cette Algérie où tout était à construire dans le respect de l’autre, la tolérance et l’ouverture à la vie…

Gilbert SANSLAVILLE