L’Algérie retrouvée

Abidjan, Cocody, 18 janvier 2020

Journée étrange que ce samedi 18 janvier, 67ème anniversaire de ma naissance.

La dernière fois que j’ai eu mon anniversaire sur cette terre africaine, c’était en Algérie, à Alger précisément, en 1963. La guerre d’Algérie s’était terminée 6 mois plus tôt dans le fracas et la fureur. Des centaines de milliers de pieds-noirs s’étaient rués par avion, par bateau vers la mère patrie qui pouvait être plutôt nommée comme une marâtre, puisque certains français de France auraient bien aimé les abandonner sur leur terre natale. En oubliant que l’Armée d’Afrique, composée des peuples coloniaux de l’Empire et aussi des français d’Algérie, étaient venue en libératrice pour débarquer sur les plages de Provence. Cet accueil à reculons est souvent resté dans notre mémoire, en dépit de notre rage à tout reconstruire sur cette terre de France. Peut-être parce que nous voyons comment notre pays a tant de mal à accueillir les étrangers, à les intégrer.

Journée particulière qui me ramène à l’enfance. Nous habitions alors à Alger, rue Denfert Rochereau, près de la rue Michelet, depuis sans doute l’été 1962. Mes parents ont disparu et nous avons peu parlé de cette période. Mon père était rentré en France pour soigner une primo-infection.

Mon frère et moi souffrions aussi de ce même mal, mais c’était moins grave, nous pouvions donc nous faire soigner à Alger. Seule ma mère avait échappé à la maladie.

Ânes dans la Casbah d’Alger – voyage en Algérie en mars-avril 2019

Ma mère m’a très certainement confectionné un gâteau d’anniversaire, à moins qu’elle ne l’ait acheté à la pâtisserie s’il en restait encore, avec un repas bien savoureux comme elle savait les faire, avec quelques cadeaux, j’imagine des livres. Je raffolais des œuvres de Jules Verne. Il me faisait voyager près des chutes du Zambèze, dans les profondeurs des forêts africaines, auprès de tribus dont le mode de vie me fascinait.

Le temps s’enfuit, il emporte tout, nous laisse à nos souvenirs. Mais tous nos disparus ne sont jamais très loin par l’amour qu’ils nous ont donné. C’est peut-être cela qui me porte, me pousse à voyager, à retrouver ces odeurs, ces saveurs de l’enfance.

J’écris aussi pour que notre histoire singulière sur la terre africaine, en Algérie, ne s’oublie pas complètement, et qu’elle nous accompagne sur le chemin de notre humanité.

Car si l’aspect barbare de la colonisation est très souvent méconnue, en particulier à ses débuts avec les enfumades du Dahra, de Ténès, et dans tant d’autres moments de l’histoire de la guerre de conquête où la France a dépouillé ses habitants au profit essentiel de grands financiers, ce qui nous unit aux Algériens, c’est l’amour de cette terre, la joie d’avoir pu la fouler, d’y avoir vécu, le bonheur d’y être né.

Gilbert Sanslaville 桑吉伯

Côte d Ivoire

Le voyage, c’est pour moi une terre d’aventure, sortir de sa vie quotidienne bien rangée . Avec ces pavés à l’ancienne qui balisent un chemin connu, afin d’oser partir sur des chemins de traverse, peut-être même, qui sait, non cartographiés.

A notre époque si connectée, nous adorons tous savoir où l’on va. Et nous avons le plus souvent perdu le sens de l’inconnu, du risque. De la joie de découvrir ce que l’on ne connaît pas. Pas encore…

Vivre, c’est oser. Oser là où les autres ne vont pas, où l’on n’a jamais été, ou si peu. Vivre, c’est sortir de son univers feutré, où tout est connu, répertorié. Vivre, c’est arpenter le monde, mais par forcément des contrées lointaines, c’est parfois découvrir sa région, sa ville, en interrogeant l’architecture qui nous entoure et cette vie quotidienne que l’on avait fini par ne plus voir.

Si j’aime tant voyager, découvrir, m’intéresser aux autres, c’est aussi en raison de l’exil qui m’a frappé à l’âge de 10 ans, quand il a fallu que j’abandonne mon pays natal, l’Algérie. J’ai appris, enfant, ce qu’était la perte.

Le voyage, c’est ce qui me permet de retourner aux sources intimes de mon histoire, celles d’un homme déraciné, qui retrouve dans tous ces pays lointains, un peu des premières joies de son enfance.

Destination Abidjan, sur un avion d’Air Portugal. Suprême luxe pour moi, boire un verre de vin blanc pendant le voyage ; c’était un vin Porca de Murça.

Et me voici donc en Côte d’Ivoire, dans cette Afrique dont je rêvais déjà enfant, et que je découvrais au hasard de mes lectures. J’ai adoré les romans de Jules Verne qui me faisait parcourir la Terre entière, et en particulier « Un Capitaine de quinze ans ».

J’ai posé le pied sur cette terre ivoirienne début janvier. Curieux de tout ce qui se rapporte à la culture de ce pays, à son histoire, et avant tout à ses habitants.

Mes premières impressions, un dépaysement total, le rythme de vie toujours très soutenu à Abidjan, les couleurs, les senteurs, cette végétation luxuriante qui est partout, les jardiniers le long de certains boulevards, la gentillesse de ses habitants et l’art de se débrouiller pour faire vivre la famille. Aussi une grande générosité et l’envie de développer le pays.

Jardiniers le long du boulevard François Mitterand, des îlots de fraîcheur

Je découvre la chaleur parfois suffocante quand souffle l’harmattan, ce vent que l’on rencontre en Afrique de l’Ouest, très chaud dans la journée, plus froid la nuit, très sec. Il provient du Sahara et il est chargé de sable. La luminosité du ciel devient alors très forte, avec un ciel parfois blanc. J’ai l’impression que le jour se lève ici très rapidement, le passage de la nuit à la lumière est alors rapide.

Cette nuit, il est tombé une forte pluie, dense, presque violente. Le ciel était littéralement habité par des éclairs qui déchiraient le ciel. La foudre n’est pas tombée très loin. L’immeuble où j’habite, tout près de l’avenue François Mitterand à Abidjan, a une toiture constituée de plaques qui semblent être en zinc. Cela crépitait de façon étourdissante. On se sent alors très petit devant ces forces de la nature. C’était vraiment impressionnant. Ce matin, la terre était plutôt sèche malgré la quantité très importante d’eau qui est tombée pendant plusieurs heures.

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯

RONDE DE HAÏKUS SUR UN REVE D’ENFANCE

Taïpei, 31 juillet 2017

Théâtre National de Taïpei, juillet 2017. On reste confondu par l’élégance de ce théâtre où j’ai rencontré de nombreux étudiants qui tout autour dansaient, sous le regard de leur professeur. J’ai senti chez eux une vraie joie de vivre sous un beau ciel d’été et une chaleur comme j’en ai peu souvent rencontrée.

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Taïwan, le temps ici
arrêté sur un rêve
lointain d’enfance

Pour parcourir
la terre d’Asie, et partout
en saisir l’âme,

Avec la floraison
des cerisiers au Japon,
le Changbaishan

En pays de Chine
avec son écriture remontant
aux origines,

Comme un parfum
d’Algérie où ce rêve
est autrefois né…

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯

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Tori de Miyajima, avril 2015. C’était mon premier voyage en Asie ; j’ai été profondément touché par la beauté du Japon, par son esthétique. Le jour de ma visite, il pleuvait mais j’ai quand même visité jardins et temples.

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Beijing, Cité interdite, août 2015. Il faisait très chaud. Une amie chinoise m’a fait la visite en me commentant l’histoire de ce joyau d’architecture. C’était aussi un moment très fort.

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Vue de la Haute Casbah d’Alger où je suis né. C’était à l’époque la clinique de la Croix Rouge. C’est maintenant l’hôpital Aït Idir. J’en ai été tellement ému que j’ai failli rater une marche et tomber. Octobre 2004. J’ai pu fleurir la tombe de ma grand-mère paternelle et de ses parents au cimetière de Saint-Eugène, ainsi que celle de ma grand-mère maternelle au cimetière d’Ouled-Fayet ; c’était un moment très émouvant, un façon de renouer le fil coupé depuis mars 1963, date de mon arrivée en France où je n’avais jamais mis les pieds jusque là.

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