LE TEMPS…

Le temps, le temps si présent sous ce ciel bleu d’été qui me rappelle les étés de mon enfance algérienne sous un soleil qui inondait d’amour chaque instant de notre vie, quand la douceur habillait les jours et les nuits, qu’elle nous enveloppait d’une quiétude rassurante…

Le temps jamais ne s’arrête, il poursuit sa route comme les planètes autour du soleil, telles les galaxies dans leur course au sein de l’infini espace, mais il s’inscrit aussi dans le balancier de ma pendule bretonne qui égrène chaque seconde, comme les petits pois sous la main de ma mère aujourd’hui disparue, pour préparer le repas dominical.

Que reste-t-il de toutes ces heures, des heures avant minuit où il fallait prendre la vie à bras le corps pour construire son chemin, le façonner en luttant afin de remonter vers la lumière ; oui, que reste-t-il de toutes ces heures d’après minuit quand le sommeil nous emportait vers nos rêves, comme pour mieux nous conforter dans nos choix, dans l’unicité de notre personnalité.

Le temps passe, il glisse tel le vent sur les feuilles des arbres, les toits des maisons, le long des sentiers, dans les campagnes lointaines, chargé par nos émotions et nos sentiments, ce vent chaud du désert habité par l’amour et l’amitié, à la rencontre des autres et des choses de la vie.

La pendule de mon enfance et maintenant de ma vie d’adulte, installée dans le salon de ma maison en balcon sur le jardin fleuri par ce printemps joyeux, continue vaillamment à égrener les secondes, les minutes et les aussi les heures quand, à chaque tour du cadran, imperturbable, elle se met à sonner ce temps qui, à force de liberté, a fini par nous échapper et qu’il s’est mis un jour à ricaner, à se gausser car ce temps insaisissable est brusquement devenu le temps perdu, envolé qui se rétrécit à vue d’œil. C’est le temps du repos, de la retraite, quel joli nom que ce mot de retraite quand il s’apparente à une mise à l’écart de la vie de la cité, où brusquement nous perdons toute utilité sociale, nous devenons des retraités… La retraite, tu parles de ce mot forgé par nos sociétés technocratiques. Je préfère le mot espagnol, la jubilacion, avec ce j – la jota – qui se prononce avec le raclement de la gorge, comme une émotion qui remonterait de très loin pour nous faire mesurer le temps parcouru.

Le temps, le temps de vivre, le temps d’aimer, le temps de mourir à la vie… Tu es poussière et tu retourneras à la poussière murmurait déjà l’Ecclésiaste dans l’Ancien Testament. Lorsque l’on est jeune on a beaucoup de mal à mesurer une telle assertion. Mais le temps nous rattrape bien vite et, un jour, on comprend enfin qu’il faut parfois vivre sa vie envers et contre tout, avec raison mais aussi avec passion pour rester debout, curieux de tout et curieux sur tout, en symbiose avec la communauté des hommes et de la nature jusqu’à la dernière seconde, pour en demeurer des membres à part entière.

Gilbert SANSLAVILLE

ORAN 1956-1960 ou UNE CERTAINE IDEE DU BONHEUR en ALGERIE…

Le voyage, c’est aussi remonter le cours du temps en quittant un rivage devenu familier où l’on s’était établi au fil des années, pour enfin retrouver des souvenirs enfuis, enkystés, une mémoire qui parfois se délite comme une côte rocheuse sous les coups de butoir d’un océan déchaîné, à l’image des choses de la vie pas toujours bienveillante…

Voyager dans le temps pour se réinstaller dans une identité perdue, une histoire familiale oubliée ou rejetée, sur un territoire devenu étranger pour interpeller les figures de ses ancêtres sans qui nous ne serions pas là ; c’est convoquer tous ces êtres emportés dans la spirale des siècles et des années, se réapproprier ce qui constitue la chaîne des générations, ces sédiments de vie qui font partie de nous, parfois à notre insu d’ailleurs, parce que nous perdons très souvent la mémoire de nos pères et de nos mères, afin aussi de mieux transmettre à tous ceux qui sont en train de nous succéder ce qui constitue la force de ce rameau humain auquel nous appartenons depuis la nuit des temps, comme une énergie qui ne s’est jamais éteinte…

Ce blog, je le dédie à ma famille, à mes parents, à ma terre natale l’Algérie, le pays le plus cher à mon coeur, car c’est là que j’y ai vu le jour.

Et avant de vous parler de la guerre d’Algérie qui m’a marqué profondément, je voudrais évoquer ma vie à Oran, que je situe de mémoire entre 1956 et 1960.

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C’était un immeuble dont l’adresse était symbolique de la colonisation en Algérie- Maison ou villa Ros, je ne sais plus – boulevard du corps expéditionnaire, à Oran.

Un immeuble de quelques étages, avec sur le toit une terrasse où le linge était étendu sur des fils pour sécher grâce au vent puissant qui soufflait. Tu aimais y accompagner ta mère pour l’aider et aussi pour poser tes yeux émerveillés sur le ciel si bleu d’Afrique.

Cet immeuble, c’était d’abord quelque chose qui s’apparentait à une grande famille avec les voisins aux origines multiples, français bien sûr mais aussi espagnols et indochinois.

Français mais métissés par leurs ancêtres mahonnais ou andalous. Votre voisin de palier avait fait la guerre d’Espagne et s’était exilé en Algérie, y trouvant une douceur de vivre qui n’allait pas durer.
Et puis il y avait ton copain d’enfance, Thierry dont le père français avait fait la guerre du Vietnam et qui s’était marié avec une indochinoise. La famille venait de l’ancienne colonie française d’Indochine. Elle était sans doute originaire du Vietnam.

Tout ce petit monde s’était retrouvé au hasard des pérégrinations de la vie dans cet immeuble dont l’adresse rappelait que nous étions dans un pays de conquête, construit dans le bruit et la fureur, la guerre coloniale avec toutes ses injustices, mais aussi ouvert sur la vie et les autres au-delà de leurs différences. D’ailleurs, ta mère employait une dame algérienne qui s’occupait de la maison et dont tu gardes en mémoire plus de cinquante années après ton départ d’Oran son prénom, Jera – mais tu n’es pas certain de l’orthographe. En tout cas tu te souviens très bien que le « J » de son prénom se prononçait comme la jota en espagnole, dans un raclement de la voix. Elle faisait partie de la famille et tu ne l’as pas oubliée.

Tout près se situait un jardin où tu allais t’amuser avec ta mère et ton petit frère pour essayer d’attraper les papillons et jouer à la balle. Tu as encore des photos de toi quelque part dans des cartons oubliés et fanés par le temps, avec une casquette posée sur la tête pour te protéger des rayons ardents du soleil, caché parmi les papyrus, avec la joie dans les yeux de vivre sur cette terre à laquelle tu avais fini par t’identifier.

C’est de cette époque que date ton attrait pour l’Afrique noire, ce monde mystérieux et inconnu que tu découvrirais bientôt à travers l’œuvre de Jules Verne, avec notamment son roman « Un capitaine de quinze ans ». Combien de fois ne t’es-tu pas embarqué dans tes rêves éveillés sur le Zambèze pour découvrir un monde brut, protégé de l’incursion des hommes, dans une nature généreuse et primitive, comme un matin du monde où tout devenait possible au côté de ces tribus africaines.

Et puis tu as découvert cette passion pour l’Asie au contact de tes voisins indochinois avec leur sensibilité toute fine sur les choses de la vie, ce goût d’une esthétique dans laquelle tu t’es très vite retrouvé. Et qui t’habite plus que jamais.

Villa Ros, c’était une petite société multiculturelle où chacun avait à cœur de partager, de se frayer un chemin dans cette Algérie où tout était à construire dans le respect de l’autre, la tolérance et l’ouverture à la vie…

Gilbert SANSLAVILLE

RONDE DE HAÏKUS SUR UN REVE D’ENFANCE

Théâtre National de Taïpei, juillet 2017. On reste confondu par l’élégance de ce théâtre où j’ai rencontré de nombreux étudiants qui tout autour dansaient, sous le regard de leur professeur. J’ai senti chez eux une vraie joie de vivre sous un beau ciel d’été et une chaleur comme j’en ai peu souvent rencontrée.

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Taïwan, le temps ici
arrêté sur un rêve
lointain d’enfance

Pour parcourir
la terre d’Asie, partout,
en saisir l’âme

Avec la floraison
des cerisiers au Japon,
le Changbaishan

En pays de Chine
et son écriture remontant
aux origines,

Comme un parfum
d’Algérie où ce rêve
est autrefois né…

Gilbert
31 juillet 2017

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Tori de Miyajima, avril 2015. C’était mon premier voyage en Asie ; j’ai été profondément touché par la beauté du Japon, par son esthétique. Le jour de ma visite, il pleuvait mais j’ai quand même visité jardins et temples.

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Beijing, Cité interdite, août 2015. Il faisait très chaud. Une amie chinoise m’a fait la visite en me commentant l’histoire de ce joyau d’architecture. C’était aussi un moment très fort.

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Vue de la Haute Casbah d’Alger où je suis né. C’était à l’époque la clinique de la Croix Rouge. C’est maintenant l’hôpital Ait Idir. J’en ai été tellement ému que j’ai failli rater une marche et tomber. Octobre 2004. J’ai pu fleurir la tombe de ma grand-mère paternelle et de ses parents au cimetière de Saint-Eugène, ainsi que celle de ma grand-mère maternelle au cimetière d’Ouled-Fayet ; c’était un moment très émouvant, un façon de renouer le fil coupé depuis mars 1963, date de mon arrivée en France où je n’avais jamais mis les pieds jusque là.

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Au pays du Soleil levant et de la République de Chine aussi nommée Taïwan…

This is my second trip to Japan ; the first was in march 2015. This year, I have decided to extend this second trip to Taïwan in order to discover this country. I was very happy to return to Asia.

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Déjà deux ans que j’avais foulé le Japon pour la première fois, c’était en mars 2015 pour trois semaines, une éternité dans le fond, moi qui avais rêvé de ce pays depuis si longtemps, depuis mes 20 ans, sans jamais prendre un billet d’avion pour faire coïncider rêves et réalité.

J’ai donc décidé de repartir à l’est du monde, vraiment très à l’est pour retrouver le Japon.
Cela a commencé par un trajet en train pour rejoindre Paris dimanche 10 juillet de cette année 2017 . Nous ne nous sommes pas trop attardés avec ma famille sur le quai à Poitiers pour nous dire au-revoir. Cela tient sans nul doute à mon origine pied-noir quand, à chaque fois que ma mère quittait ses sœurs à la fin des vacances où lors d’un séjour, elles se mettaient toutes à pleurer, tant l’exil de notre terre natale, l’Algérie leur pesait, car elles ne se résignaient pas au fond d’elles-mêmes à cette déchirure qui les avait tant fait souffrir.

Après une nuit passée à Paris chez des amis, me voici parti à l’aéroport Charles-de-Gaulle pour prendre un long courrier, destination Osaka au Japon via Hong Kong. Le départ est prévu à 13h10. C’est un long ballet d’oiseaux blancs au plumage coloré à l’effigie des compagnies qui offre aux voyageurs une chorégraphie dont je ne me lasse pas.

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L’envol, direction Osaka avec escale à Hong Kong.

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La nuit artificielle que les hôtesses de l’air vont bientôt nous procurer en nous faisant fermer les hublots, après une collation où je ne résiste pas à un verre de vin blanc qui fleure bon les plaisirs de la table, me plonge bientôt dans un sommeil où je navigue entre rêves d’Asie et ce que j’ai appris sur mes ancêtres grognards sous Napoléon, à savoir leurs longues marches, par tous les temps et sous le feu des canons, dans de très nombreuses batailles en Prusse, en Pologne et pendant la campagne de Russie. L’avion est plus confortable, plus rapide et surtout l’époque se prête moins aux instincts belliqueux, quoique l’actualité ne soit pas toujours très rassurante.

Le voyage permet de mieux se connaître, surtout lorsque l’on voyage seul ; c’est aussi le temps de la découverte des autres, de leur culture propre, de tout ce qui nous différencie d’eux et il est vraiment très réconfortant de rencontrer des façons différentes de penser, de poser les choses, d’envisager l’avenir. Pour moi, la pensée ne sera jamais unique.

Au réveil, c’est le temps d’accueillir ce nouveau continent, l’Asie, dont les premiers paysages m’enchantent. C’est aussi le moment de mettre sa montre à l’heure chinoise et un peu plus tard à celle du Japon (plus 7 heures par rapport à la France) ; et pour bien commencer la journée de prendre un petit déjeuner chinois que ma voisine, native de Chengdu, m’aide à choisir sur la carte que je déchiffre mal, ma connaissance de cette belle langue chinoise devant encore beaucoup progresser.

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Notre vol ayant environ une demi-heure de retard, je suis accueilli le lendemain 11 juillet à la descente d’avion à Hong Kong, « Port parfumé » en chinois,香 港 par une hôtesse très souriante qui me prend en charge pour rejoindre un autre avion afin de rejoindre Osaka. Je ne verrai que de très beaux paysages par un hublot de cette ancienne colonie britannique que la Chine a repris sous son drapeau voilà 20 ans sous le principe « Un pays, deux systèmes ».

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Autant il y avait beaucoup d’européens sur le vol Paris-Hong Kong, autant ils se font plus rares à destination d’Osaka et, quand je prendrai l’avion quelques heures plus tard après avoir atterri au Japon pour me rendre à Kagoshima, je serai le seul « Nez long », comme nous appellent les chinois.

Enfin, après un voyage de plus de 15 heures, notre avion se pose enfin à Osaka, je suis un peu fourbu mais pas tant que ça, tant la joie de me retrouver au Japon efface les marques de toute fatigue avec cet immense appétit de mieux comprendre ce pays, sa culture, son histoire, sa poésie des jardins et avant toute chose ses habitants.

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Gilbert SANSLAVILLE

Mardi 11 juillet 2017