Au Pays du Soleil Levant – 在日本

Mardi 24 mars 2015 – 2015年3月24日,星期二

Départ de Poitiers par le train de 9h06. Le ciel est gris, il fait froid. Je vais bientôt quitter la vieille Europe pour me rendre au Pays du Soleil Levant avec en tête toutes ces lectures sur son histoire, sa culture, son mode de vie qui m’ont accompagné pendant ces dernières années.

Je suis plutôt chargé avec ma grosse valise grise, mon sac à dos qui abrite mon matériel photo et vidéo.

Déjeuner à Paris Avenue de Wagram avec mon fils Antoine dans un restaurant dont la décoration en bois invite à la décontraction et au voyage.
Station opéra, je rencontre par un pur hasard un ami perdu de vue. Le monde est vraiment petit ; je vais de ce pas le raccourcir en me précipitant dans un grand oiseau blanc aux couleurs de la compagnie japonaise ANA pour atteindre au cours d’un périple de 9 480 kilomètres Tokyo et la magie de ses temples, de ses jardins, de son architecture lancée très haut à la rencontre des nuages et du ciel de printemps si bleu en cette saison de floraison des cerisiers. Car je n’ai pas choisi par hasard la date de mon voyage.

L’avion se lance sur la piste à 21h37 avec un léger retard, il pousse ses feux et se cabre avec majesté pour partir à l’assaut de la haute atmosphère et se diriger vers l’est. Direction le Japon et sa capitale, Tokyo. Cet envol est un beau moment, un peu magique. L’aventure commence !

La carte du vol s’affiche sur le dos du siège qui se trouve devant moi : nous passerons au dessus de Copenhague, de la Finlande, de la Russie et au nord de la ville de Shenyang en Chine où habitent des amis.
Les hôtesses de l’air distribuent de petites serviettes blanches toutes chaudes pour s’éponger le visage et s’essuyer les mains brusquement moites, peut-être de par l’émotion qui m’étreint.

A 22h08 nous passons au-dessus de l’Allemagne. Une collation nous est servie. Je suis assis sur le côté droit de l’appareil, près du hublot et je me régale d’apercevoir parfois dans la nuit noire des agglomérations éclairées, telles un sapin qui nous chuchoterait au creux de l’oreille : Noël est là.

Le repas est servi un peu plus tard, vers 23 heures. Je choisis un Japanese meal avec du saumon grillé, une miso soup mais un vin blanc français, du Colombard-Chardonnay, réserve de la Baume. Voyageur déjà plus tout jeune, aux tempes légèrement grisonnantes, le regard tourné vers l’est depuis ma jeunesse, mais fidèle aux traditions culinaires françaises pour lesquelles un vin est toujours important afin d’accompagner un repas, pour lui permettre d’exprimer toute sa richesse.

Nous passons bientôt entre Stockholm et Kaliningrad. Ce repas est vraiment agréable.
La température extérieure est de – 58 degrés.
Nous dépassons Riga qui était très loin sur notre droite, nous devrions bientôt atteindre la ville de Saint-Pétersbourg (Sankt Peterburg) en la contournant par le sud.

De temps en temps, l’avion semble glisser sur de petits trous d’air. Je commence à avoir sommeil. Mais je ne réalise véritablement pas encore que dans quelques heures je foulerai la terre japonaise, si longtemps rêvée.

Il est près de minuit. Le siège sur ma gauche est vide et l’avion n’est pas complètement rempli.
Les hôtesses sont charmantes, vêtues de bleu, robe et chemisier avec de petits motifs.
Nous passons au sud du Lac Ladoga.

Pendant ce voyage en avion, je me ferai à plusieurs reprises la réflexion de savoir pourquoi l’être humain éprouve parfois le besoin de voyager, de dépasser les limites fermées de son univers, de se mettre en danger puisqu’il sort alors de ce qu’il connaît et qu’il va aborder une terre inconnue, ici le Japon, avec cette volonté de tout voir, de tout comprendre ou, à tout le moins, d’essayer de comprendre. Soyons modeste.

Minuit 25, heure de Paris. Il est 7h25 à Tokyo. La température extérieure est de – 54 degrés, l’altitude de 10 058 mètres. Nous sommes entre deux mondes, la terre et l’espace. Nous avons déjà parcouru 2 766 km. Il est temps de dormir pour être en forme demain matin à l’arrivée.
Mais avant je me mets à l’heure de Tokyo : 7h31 du matin. Ce sera aussi le temps des premières photos.

Gilbert SANSLAVILLE 桑吉伯