HAPPY DAY IN TAMSUI – JOUR TRANQUILLE A TAMSUI

Tamsui, 7 avril 2018

Pluie matinale qui habille de sa fraîcheur le gris du ciel et du coeur. Vivre loin de son pays n’est pas toujours une chose facile, et pourtant c’est aussi une chance de découvrir une nouvelle façon de penser le monde, dans les rapports sociaux, humains, près d’une nature toujours omniprésente. Combien d’arbres ai-je pu ici côtoyer, tout comme au Japon d’ailleurs, abîmés par le temps, par l’âge, les attaques de la vie, mais soutenus par des poteaux, des câbles, restés debout grâce à la main de l’homme, et cela en est d’un spectacle totalement banal, habituel. Je ne m’étonne plus de voir ici cette osmose entre les êtres humains et la nature à laquelle nous appartenons et que nous oublions si souvent.

La fatigue du travail à la maison pendant cette semaine de vacances où l’université est fermée commence à me peser, ce matin je n’ai pas mis les pieds dehors, excepté sur mon balcon pour étendre le linge, et c’est en début d’après-midi que je décide de prendre le métro pour me rendre à Tamsui, à une demi-heure de Taïpei.

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C’était au 19ème siècle un port important qui, par la suite, a été détrôné par Keelung. Et pourtant, le passé y a laissé son empreinte avec les vagues d’occupations successives d’Espagnols, de Hollandais, de Japonais, et on retrouve cela aussi dans l’architecture. C’était pour moi une première visite, je n’ai pas tout vu, je n’ai d’ailleurs pas cherché à tout voir ; je voulais simplement aujourd’hui ressentir l’atmosphère de cette côte, d’une ville dont je vois tous les jours le nom dans le métro et dont on m’a dit que c’est un incontournable. Il y a aussi une autre raison plus personnelle, c’est que nous sommes au bord de la mer, face la Chine, et respirer les embruns marins, sentir l’air iodé dans les poumons me ravit toujours ; c’est une sorte de retour à l’enfance pour moi qui suis né dans la Haute Casbah d’Alger, face à la mer Méditerranée, dans un décor inoubliable, balcon ouvert sur la vie…

Avant d’arriver à Tamsui, dans la rame de métro je suis interpellé en anglais par une dame qui me demande où je vais ; ma réponse ne semble pas la rassurer et je comprends vite, à son regard, que je ne suis pas dans la bonne rame de métro. Un peu avant Tamsui, la ligne se sépare en effet en direction de deux terminus différents, Tamsui et Xinbeitou. Evidemment, avec mon sens de l’orientation, j’ai pris Xinbeitou. S’ensuit alors toute une discussion entre cette dame et des étudiants ; l’heure est grave, je suis le seul européen, tous ces gens semblent se préoccuper de mon sort, et allez savoir si je ne vais pas me perdre, sans retour possible. Une autre dame prend les choses en main et m’indique qu’elle descendra avec moi à Shipai, pour que je prenne le métro suivant, ce qui me permettra d’atteindre sans encombre Tamsui. Patiemment, une fois descendus, elle attendra avec moi, et dès que je serai monté en voiture, elle s’éclipsera sur le quai, sans doute pour rentrer chez elle, non sans m’avoir demandé une nouvelle fois si je vais bien à Tamsui.

Etonnant pays où les gens sont attentifs lorsqu’ils constatent une difficulté, sans jamais s’imposer, tout en restant en retrait, mais en n’abandonnant pas l’étranger qui est perdu ou qui risque de l’être.

J’imagine la même situation à Paris, dans un métro sale, déjà bien vétuste, qui craque de partout, malodorant où généralement on se un fraie un chemin, au besoin en jouant des coudes, sans trop se poser de question, avec comme décor une quête sauvage, improvisée qui chercherait à vous culpabiliser, ou une guitare se mettant brusquement à vouloir étouffer le bruit de la rame, comme un contre-feu à un Métropolitain parisien bien fatigué et surtout fatiguant pour ses usagers.

Le long de la rivière Tamsui, beaucoup de monde, de familles avec enfants, d’échoppes, sous un ciel toujours gris. Temps de week-end, comme le temps arrêté sur les choses toutes simples de la vie.

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Sur l’eau, des canoés tout jaunes qui donnent une touche de lumière.

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Et aussi des bateaux qui relient le petit village de Bali en face de Tamsui.

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Et beaucoup de jeunes gens.

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Des cafés ou restaurants aussi, à l’occidental. Un métissage des terriens, cela fait toujours du bien, contrairement à ce que l’on voit de plus en plus en Europe et en France, comme un sale retour aux années 30 qui ne pense qu’à exclure !!! Mes jeunes années en Algérie m’ont prémuni à jamais de tout ostracisme ou racisme, tant j’aime la diversité, le métissage, la culture des autres, et quand cette culture est différente, et bien je m’enrichis de cette différence !

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Un peu plus tard, je m’attablerai façe à la rivière avec des pastas aux fruits de mer, une bière taïwanaise, un crayon car il faut bien noter ces petits moments futiles mais ô combien précieux.que C’est une gorgée de bonheur que je sirote dans ce beau pays taïwanais…

C’est aussi dans de tels moments que l’on peut s’interroger sur la finalité de l’existence, sur les choses importantes. Oui, ne passe t’on généralement pas à côté de sa vie, occupés à la gagner pour la perdre sans que l’on ne s’en rende vraiment compte. Et tout cela asservis aux marchés, à la rentabilité à tout prix, au libéralisme pour le plus grand profit des grands financiers et capitalistes qui ne laissent au petit peuple que des miettes, tandis qu’eux se gavent sans honte et sans retenue ; plus, toujours plus, jamais assez, un appétit insatiable pour s’enrichir ; certains sont d’ailleurs si riches qu’ils pourraient vivre des milliers d’années sans travailler, assis sur des rentes qu’ils ont forcément dépouillées à des millions de gens partout dans le monde, en les exploitant avec des salaires de misère, et pour ces derniers, c’est une lutte permanente afin de survivre ! Et non, l’argent ne pousse pas tout seul, il a bien fallu que des petites mains le produisent avec abnégation.

Toutes les entreprises ne sont pas ainsi, bien sûr ; mais c’est le système libéral à outrance qui produit de telles monstrueuses énormités où les laissés pour compte sont de plus en plus nombreux de par le monde, et aussi en France.

Toute cela m’éloigne de Tamsui, me direz-vous. Mais non, pas du tout vous répondrais-je.

Un paysage habité par les palmiers et une végétation luxuriante.

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Oxord Collège, fondé par Leslie Mackay, missionnaire canadien, arrivé à Taïwan en 1871.

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Au contraire, immergé dans ce fleuve humain qui prend plaisir à déambuler, à se faire des selfies, à goûter à tout ce qu’il est possible de dénicher dans les petites échoppes alimentaires, chez les vendeurs ambulants ou dans les restaurants que l’on trouve partout, avec ce sentiment de liberté, d’harmonie avec la nature si bien protégée ici, on a ce privilège rare de ralentir le temps, peut-être même de l’arrêter quelques instants pour respirer toute la beauté et la poésie d’un pays que je découvre chaque jour un peu plus, et dans lequel je me sens si bien.

Gilbert Sanslaville