KAGOSHIMA, AU COEUR DES CAMPAGNES OU LE JAPON ET SES TRADITIONS ANCESTRALES, DANS TOUTE LEUR MODERNITE…

Aujourd’hui, après une nuit où je n’ai pas très bien dormi en raison de la chaleur très forte qui plane sur la ville de Kagoshima, peut-être aussi à cause de la climatisation que j’éteins en me couchant, parce que je n’aime pas avoir cet air frais qui finit par me réveiller, je me prépare pour une sortie que nous allons faire avec mes amis dans la campagne environnante, chez un couple qui tient une exploitation de thé.

Auparavant, je prends mon petit déjeuner japonais, riche de légumes ; avec aussi sa soupe miso composée de graines de haricots de soja fermentées ainsi que d’une algue très appréciée, le wakamé. Cela me change du petit déjeuner français ; j’avoue que j’ai toujours beaucoup de mal à apprécier une cuisine si éloignée de celle que je pratique depuis mon enfance et, pourtant j’essaie de m’initier à ces saveurs nouvelles qui me ravissent de plus en plus.

Nous partons pour cette exploitation de thé et je découvre des paysages inédits qui m’enchantent toujours autant, avec de drôles d’hélices dont je comprendrai plus tard l’utilité. De l’intérêt d’aller rencontrer les acteurs de terrain, pour apprendre comment ils travaillent et quels sont les rapports qu’ils entretiennent avec la nature.

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Le temps est étonnement changeant. Peut-être est-ce dû à la proximité de l’océan.

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Sans doute un volcan. Il ne faut pas oublier que l’île de Kyushu est une terre de contrastes avec ses paysages montagneux et volcaniques, ses onsens, ses plaines verdoyantes, avec l’océan toujours proche. Terre d’eau menaçante en cas de tsunami et terre de feu avec ses volcans, dont le Mont Aso, volcan qui culmine à 1 592 mètres.

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Nous arrivons bientôt à destination et je découvre le village ainsi que la maison où habite le couple d’agriculteurs. C’est une campagne sculptée par la main de l’homme où la dimension artistique est toujours présente.

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C’est une jolie maison avec un bel intérieur traditionnel, tout en bois et, en entrant, j’y ressens l’âme du Japon dans sa complexité, sa sensibilité.

Nos hôtes.
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Et encore, un joli moment partagé.
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Nous partons bientôt pour rejoindre l’exploitation de thé, installés à l’arrière d’une petite camionnette, le vent dans les cheveux, accrochés aux ridelles, les yeux perdus dans le paysage qui défile.

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Nous quittons le village pour monter plus haut dans les collines environnantes.

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Quand le monde des morts côtoie le monde des vivants, dans une harmonie toute nippone, silhouettes en reflet des temps passés…

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A vrai dire, je n’avais jamais approché une plantation de thé et j’ignorais tout jusqu’à présent de cette culture. C’est généralement qu’on boit son thé en humant ses parfums sans se poser la question de son origine, de la façon dont il pousse et est cueilli ; paradoxe de nos sociétés modernes où l’apparence des choses fait oublier leur essence profonde ; et pourtant, si l’on maîtrisait mieux la connaissance de tout ce que l’on approche, en s’intéressant à l’envers du décor, pour remonter à leur source et à toutes ces petites mains qui, souvent telles des artisans, façonnent les objets de notre quotidien ou participent à la transformation des plantes, peut-être serions-nous alors mieux en harmonie avec la nature.

Nous arrivons sur l’exploitation où se trouve la machine à cueillir le thé, avec ces hélices haut-perchées déjà rencontrées lors de notre trajet en voiture. C’est la première fois que je découvre cet engin par la grâce duquel je peux prendre mon thé matinal. Champs de thé en vagues qui se suivent, comme un océan que la brise ride doucement pour atteindre le rivage, à la rencontre de la cueillette pour laquelle ce couple d’agriculteurs consacre toute son énergie.

Très loin, au bout des champs, du village et de la forêt, l’océan nourricier, ruban bleu de tous les espoirs…

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Dans la direction opposée, la montagne, à l’assaut du ciel si bleu aujourd’hui…

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Et voici les travaux pratiques, dans la bonne humeur grâce à la gentillesse de nos hôtes.

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Explication du fonctionnement de la machine qui passe entre les plants de thé, coupe les feuilles jeunes et tendres avec sa lame descendante, du moins c’est ce que j’ai compris des explications données.

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Nous allons bientôt savoir à quoi servent ces hélices autour des champs de thé qu’elles dominent, perchées sur des poteaux, telles les projecteurs que l’on rencontre autour des terrains de foot. Mais ici, point de spectacle, mais de l’efficacité au service du travail patient et parfois ingrat des hommes, celui de cultiver la terre. Chacun champ dispose d’un compteur électrique que l’agriculteur peut activer pour mettre en marche les hélices qui réchaufferont l’air ambiant en cas de gelée. Ici, point d’amateurisme, mais au contraire une prévision rationnelle de ce qu’il convient de faire lorsque dame Nature vient contrarier le dur labeur des hommes. C’est une culture très nippone d’organisation de la vie sociale et économique pour faire face aux aléas climatiques. Peut-être pourrait-on d’ailleurs importer en France cette technique pour nos vergers et nos vignes, et je ne l’ai d’ailleurs jamais rencontrée lors de mes voyages métropolitains.

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Des explications sur le fonctionnement du boîtier électrique.

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De plus près, une hélice.

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C’est le retour dans la maison de nos hôtes et, debout à l’arrière de la camionnette, je ne me lasse pas de contempler le paysage qui s’offre à moi, comme autant de tableaux vivants d’un Japon à la fois respectueux de ses traditions et de sa culture ancestrale, mais également ouvert sur la modernité et le monde pour mieux construire son futur.

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Avec l’océan tout au loin, à la frontière du ciel toujours très bleu, avant de plonger au-delà de la ligne d’horizon pour suivre la courbure de la terre…

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Et bientôt le village.

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La maison de nos hôtes, aux tuiles vernies avec ces arbres artistiquement taillés et son charme un peu hors du temps, qui nous ramène au coeur des choses.

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Nos hôtes nous invitent à déjeuner et nous passons un très beau moment en leur compagnie. Cela restera un moment très fort de mon voyage, tant je souhaitais pouvoir rencontrer des japonais et mieux connaître leur façon de vivre et de penser.

Cette corbeille de fruits sucrés dont je me suis régalé ; j’ai ramené en France leurs noyaux et je ne sais pas encore s’ils s’ouvriront à la vie.

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Nous repartons dans l’après-midi, après avoir chaleureusement remercié ce couple qui nous a ouvert avec beaucoup de chaleur sa maison.

Le ciel se charge de nuages tandis que nous longeons une rizière, mais il retrouvera un peu de son bleu lorsque nous approcherons de la route côtière.

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Sur la route côtière.

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Une enseigne.
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Un cargo, comme un lien entre les hommes.

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Retour à l’hôtel, la tête habitée par tous les paysages traversés, la découverte de cette exploitation agricole, la culture du thé et l’accueil de ce couple.

Oui, aujourd’hui, j’ai touché à l’âme nippone. Ce voyage n’est pas un voyage touristique, mais au contraire quelque chose de plus profond qui emprunte à l’authenticité des choses, à l’essence d’une culture.

Je me prépare pour rejoindre sur les hauteurs de Kagoshima un grand hôtel où a lieu une fête nocturne organisée par le Yacht club.

Gilbert SANSLAVILLE

Vendredi 14 juillet 2017

AUTOUR DE KAGOSHIMA

Le décalage horaire ne disparaît pas immédiatement et je me sens encore vaseux, avec parfois une envie irrépressible de dormir. Je ne me suis pas tout à fait adapté à l’heure japonaise.

Nous partons mercredi matin au sud de Kagoshima, dans la pointe méridionale de l’île de Kyushu, parfois nommée « le pays du feu » en raison de son intense activité volcanique. Découvrir un pays étranger avec une voiture permet de sortir des chemins habituels desservis par les lignes de train ou de bus ; c’est un autre regard que l’on porte alors sur les choses. Je me murmure à moi-même qu’il faudrait que je fasse traduire mon permis de conduire en japonais pour avoir la possibilité de louer moi-même un jour, lors d’un prochain voyage, une voiture pour pouvoir aller dans ces villages, ces lieux reculés, si éloignés que jamais je ne pourrais les visiter sans cela.

A une trentaine de kilomètres, en suivant la côte, nous allons voir un bateau sur cale que possède un ami japonais qui nous accompagne. Dans quelques jours auront lieu des régates, et il souhaite se rendre compte de l’état du bateau.

Toujours cette idée de voyage, de déplacement, de course pour arpenter le monde et s’arpenter soi-même en se connaissant mieux. En plongeant dans ce Japon encore si mystérieux pour moi, où les villages ne sont jamais très loin de la côte, parfois posés à flanc de montagne.

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Nous longeons donc sur des kilomètres des habitations, des villages qui se protègent comme ils le peuvent mais qui seraient bien impuissants face à des tsunamis de plusieurs mètres, voire de plusieurs dizaines mètres de hauteur.

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C’est peut-être pour cela que tout le Japon est imprégné de cette notion d’éphémère qui se manifeste si bien lors de la floraison des cerisiers au mois de mars et d’avril de chaque année, cette floraison qui remonte vers le nord et parfume tout le pays.

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Nous rencontrons aussi des ports et notamment un port pétrolier avec d’immenses cuves de carburant. Qu’en serait-il de la pollution et des dégâts causés par un tsunami ? Question sans réponse – mais nous avons pourtant le triste exemple de Fukushima – qui montre la fragilité et aussi la force d’un pays, toujours prêt à se battre pour relever les défis de la vie et d’une nature qui, si elle sait se montrer généreuse, est aussi parfois d’une redoutable cruauté.

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Visiter un pays, ce n’est pas seulement s’intéresser à ses paysages, mais c’est aussi se pencher sur ce qui constitue l’essence même de son âme, de sa force de vie, et pour cela, il faut beaucoup de temps et de patience… D’humilité aussi.

Le long de la côte, digue qui paraît si fragile face à la force de l’océan…

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Petite pause avec mes amis.

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Paysage maritime avec une végétation luxuriante.

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Et des panneaux imagés pour protéger petits et grands.

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Nous continuons notre route pour visiter un monastère enfoncé dans la montagne et, pour cela, nous traversons une forêt qui porte encore les stigmates de tempêtes passées, avec des arbres arrachés, couchés, la terre déchirée…A l’image de l’existence, dans un archipel où la vie des hommes est étroitement liée à la nature.

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Il y a dans tout le Japon une esthétique des formes, des couleurs, des choses qui renvoie à l’essence même de la vie, avec aussi ce souci de protéger les arbres, de leur donner parfois une béquille pour leur permettre de prolonger leur existence, malgré leur grand âge.

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L’entrée du temple et de ses jardins, comme l’irruption soudaine dans un monde caché, parfois oublié de la mémoire des hommes où, pourtant, la beauté et l’esthétique nous rappellent que la véritable richesse qui nous rattache au monde du vivant n’est pas là où beaucoup pensent la trouver…

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Le temple et ses jardins.

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La vie est aussi une route…

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Et nous quittons bientôt ce lieu chargé de spiritualité, dans un monde moderne où celle-ci est de moins en moins présente, comme si l’homme était devenu étranger à son propre milieu qui l’a vu apparaître et se développer. Ces oriflammes semblent battre à l’unisson des grandes forces de la nature, du vent qui glisse sur les feuilles, rebondit, s’échappe pour s’enfoncer dans les profondeurs de la forêt, avec je ne sais quel message…

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Cela me rappelle un livre de poésie chinoise sur les formes du vent, sur ces formes qu’il peut prendre au gré de ses disgressions lors de ses courses sans fin, et sur les formes qu’il sculpte sur tout ce qu’il rencontre au fil du temps… N’est-ce-pas ce que nous faisons aussi tout au long de notre vie, par nos rencontres, nos projets, notre façon d’appréhender les choses… Et dans ce sens, cela illustre pourquoi, lors de notre mort nous n’emportons rien avec nous, mais qu’au contraire nous ne laissons que des traces, des influences sur les autres, tout comme nous en recevons…

Les nourritures terrestres…

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Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un restaurant encaissé le long d’une route, tout en bois foncé, adossé à un talus le long duquel coule un petit cours d’eau où sont retenus des poissons qui seront pêchés à la demande et bientôt servis au client.

Il fait frais et cela nous repose des fortes chaleurs qui sévissent. Je découvre un plat original fait de pâtes que l’on plonge dans une eau froide qui tourne en rond dans un récipient et que l’on va chercher avec des baguettes. Je maîtrise depuis assez longtemps cette originalité asiatique que l’on utilise pour manger, ces fameuses baguettes, et j’apprécie beaucoup leur usage.

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Avec les amis.

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Après nous être restaurés, nous partons à Ibusuki pour un bain de sable fort agréable. Enveloppés dans un vêtement fourni par l’établissement, nous nous laissons recouvrir, allongés sur la plage face à l’océan et à l’abri du soleil sous une sorte de paillote, par du sable chaud que des personnes plutôt âgées nous mettent sur le corps, avec la tête posée sur une serviette. Ce sont des minéraux marins véhiculés par l’eau chaude issue de l’activité volcanique qui délassent, reposent le corps jusqu’à ce qu’il se mette à suer, éliminant des toxines. Je tiens un quart d’heure, sentant bientôt ma circulation sanguine s’accélérer. On finit toujours ce bain de sable chaud dans un onsen, ici tout proche de la plage ; c’est une plongée tout nu, une fois la douche prise, dans un bain d’eau très chaude, mais je n’y reste pas longtemps.

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L’établissement pour bain de sable chaud avec son onsen et…sa petite digue qui paraît bien modeste face à la puissance de l’océan.

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Nous rejoindrons un peu plus tard un autre onsen, véritablement superbe, en balcon sur la mer et là, j’ai trouvé qu’il y avait quelque chose de magique à être entre ciel et terre – le ciel était très bleu, lumineux – dans cette eau très chaude, comme dans un bain primitif qui pourrait régénérer les corps et les âmes. Depuis le général Mac Arthur, les onsens ne sont plus mixtes au Japon. Mais ce serait trop long d’expliquer ici pourquoi, quoiqu’il ne faille jamais dédaigner l’histoire pour comprendre un pays, et en particulier le Japon.

J’ai terminé la soirée dans ma chambre d’hôtel, déclinant l’invitation à dîner de mes amis, afin de me reposer, car si la journée avait été passionnante, me dévoilant certains aspects du Japon dans son intimité intrinsèque, j’avais vraiment besoin de repos. Les kilomètres parcourus, les activités de sable et d’eau et cette tension pour appréhender tout ce que je découvrais du Japon, avaient eu raison de ma résistance.

Gilbert SANSLAVILLE

Mercredi 12 juillet 2017